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Juillet 2007
Campagnes de diffamation, manoeuvres budgétaires et toute-puissance de l'exécutif
Article original de L'état de la planète
Source: L'état de la planète, N°30 novembre/décembre 2006
Par James Hansen
Illustration de William Bramhall
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CAMPAGNES DE DIFFAMATION, MANOEUVRES BUDGÉTAIRES ET TOUTE-PUISSANCE DE L’EXÉCUTIF
La Révolution américaine a lancé l'idée radicale selon laquelle le vote de l'homme le plus ordinaire devait avoir le même poids que celui du citoyen le plus riche et le plus puissant. Nos ancêtres ont mis au point une constitution remarquable, assortie d'un système de contrôle et d'équilibrage visant à empêcher le retour d'un gouvernement despotique et la subversion des principes démocratiques dans l'intérêt d'une puissante minorité. Ils étaient cependant tout à fait conscients des difficultés auxquelles ce système aurait à faire face et ont placé leurs espoirs sur la présomption que les citoyens seraient éduqués et correctement informés.
Je me demande parfois quel regard porteraient nos ancêtres sur notre situation actuelle. Pour voir le bon côté des choses, en tant que scientifique, je me plais à imaginer comment Benjamin Franklin verrait les moyens que nous avons mis en place pour la recherche scientifique. Franklin pensait que le "brouillard sec" atmosphérique produit par un grand volcan avait réduit l'apport de chaleur solaire vers la terre et était à l'origine des températures anormalement froides au début des années 1780; il avait noté que les rayons affaiblis du soleil, lorsqu'ils passaient à travers une loupe, pouvaient "à peine enflammer du papier brun".
Aussi brillantes qu'aient été les déductions de Franklin, cela ne restait que des spéculations et il ne disposait pas des outils nécessaires pour mener une investigation quantitative. Franklin serait sans doute émerveillé par les possibilités offertes par les satellites entourant la terre et les super-ordinateurs qu'il aurait difficilement pu imaginer.
Pourtant, Franklin, Jefferson et les autres révolutionnaires seraient probablement inquiets des orientations récentes de l'Amérique, particulièrement de l'accroissement du pouvoir des intérêts particuliers dans notre gouvernement, des efforts concertés pour tromper le public et des actions arbitraires du gouvernement qui découlent de la concentration croissante de l'autorité entre les mains d'un exécutif unifié, à l'opposé des objectifs de ceux qui ont rédigé la constitution.
Ces orientations sont bien illustrées par deux incidents dans lesquels j'ai été impliqué récemment.
Dans le premier, mon propre travail a été déformé pour désinformer le public et protéger des intérêts particuliers. Dans le deuxième incident, la mission de la NASA (l'Administration Nationale de l'Aéronautique et de l'Espace) a été subrepticement altérée par l'Exécutif, qui a donc contourné la division constitutionnelle des pouvoirs. Ces incidents aident à peindre un tableau qui révèle des conséquences beaucoup plus importantes pour la société que le simple enrichissement d'intérêts particuliers. Ils ont pour effet de laisser le public ignorant des dangers croissants qui menacent notre société et notre planète.
Le premier incident a incité le journaliste du New York Times Paul Krugman à soutenir, il y a peu de temps, que je devais répondre aux diffamateurs - ceux qui déforment les faits pour entacher la crédibilité d'une personne. J'avais des scrupules à le faire, me basant sur le conseil perspicace du professeur Henk Van de Hulst, qui me disait, lorsque j'étais en post-doctorat à l'université de Leiden, "votre succès dépendra de votre capacité à choisir sur quoi ne pas travailler".
Malheureusement, étant donné que la mèche de la bombe à retardement du réchauffement climatique se rétrécit, Krugman a probablement raison: nous ne pouvons pas nous accorder le luxe d'ignorer ces calomnies et nous focaliser uniquement sur la science.
Pat Michaels, l'un des diffamateurs auxquels Krugman fait référence, est parfois décrit comme un "négationniste". Les négationnistes abordent le réchauffement climatique comme s'ils étaient des avocats et non pas des scientifiques. Le travail d'un avocat est souvent de défendre un client, pas de chercher la vérité. Au lieu de suivre la remarque de Richard Feyman sur l'objectivité scientifique ("le seul moyen d'obtenir un réel succès dans la science (...) est de décrire les faits très minutieusement, sans prendre en considération vos croyances."), les négationnistes ne présentent que les faits qui confirment la conclusion à laquelle ils veulent arriver.
On doit soigneusement différencier le scepticisme, l'un des aspects inhérents de l'investigation scientifique, du négationnisme. Le scepticisme et l'observation prudente des faits sont essentiels a la réussite scientifique. À mesure que l'on a accumulé des preuves et mieux compris le phénomène, le scepticisme à propos de l'existence du réchauffement climatique et du rôle prépondérant des gaz à effet de serre émis par l'homme a décliné. Néanmoins de nombreux aspects du réchauffement de la planète doivent être mieux compris, comme par exemple les meilleurs moyens de minimiser les changements climatiques et leurs conséquences.
Le scepticisme légitime aura toujours un important rôle à jouer.
Cependant, la vérité scientifique n'est pas au programme des négationnistes purs et durs du réchauffement climatique. Leur cible est le public. Leur objectif est de donner l'impression que le réchauffement climatique et ses causes sont incertains. Un débat avec un négationniste donne au public d'aujourd'hui l'impression d'une discussion entre théoriciens, mais, sophistiqués, les négationnistes n'ont pas besoin de gagner le débat scientifique pour faire avancer leur cause.
SCIENCE-FICTION
Prenons pour exemple le mensonge de Pat Michaels (dans un article paru en 2000 dans Social Epistemology) qui a affirmé que mes "prédictions" climatiques de 1988 étaient fausses à "450%".
Cette déformation n'est pas récente, mais par la simple force de la répétition, elle est devenue parole d'évangile pour ceux qui nient les changements climatiques.
Même l'auteur de science fiction Michael Crichton a été dupé par Michaels, bien qu'il ait réduit mon "erreur" à 300% dans son roman Etat d'urgence, paru en 2004.
Les gens qui connaissent ce sujet sont conscients du fait que Michaels, en comparant les prévisions sur le réchauffement effectuées avec le modèle climatologique du GISS (Goddard Institute for Space Studies) avec des observations, nous a joué un sale tour en ne prenant en compte que l'un des trois scénarios (et non pas prédictions!) que j'ai présentés en 1988. Voilà pourquoi ce sale tour a eu un impact aussi important. Les trois scénarios (voir le graphique page suivante) étaient censés inclure une fourchette de forçages climatiques futurs possibles (des perturbations du bilan énergétique de la terre qui ont tendance à altérer les températures planétaires). Le scénario C présentait le plus faible forçage dû au gaz à effet de serre: les émissions de gaz à effet de serre augmentaient jusqu'à l'an 2000 puis se stabilisaient, autrement dit, selon ce scénario, après 2000, les émissions humaines de gaz seraient juste assez importantes pour compenser l'élimination de ces gaz par les "puits". Dans le scénario B, les émissions de carbone augmentent de manière linéaire après l'an 2000. Le scénario A montre une augmentation exponentielle des émissions de gaz à effet de serre et accorde de l'importance aux gaz à l'état de traces dont on suspectait l'augmentation mais qui n'avaient pas été mesurés.
Les scénarios A, B et C diffèrent également dans leurs hypothèses en ce qui concerne les futures explosions volcaniques. Les scénarios B et C prennent en compte des éruptions occasionnelles de volcans importants, à une fréquence similaire à celle des décennies passées.
Dans le scénario A, qui est censé représenter le réchauffement plausible le plus important, il ne se produit aucune éruption volcanique dans la mesure où il est possible d'assister à de longue période sans éruptions importantes, comme cela s'est vu entre l'éruption du Katmai en 1912 et l'éruption de l'Agung en 1963. Ces scénarios multiples sont utilisés pour fournir une fourchette de résultats climatiques plausibles, mais également pour que nous puissions apprendre quelque chose en comparant les résultats du monde réel avec ces modèles. Dans le monde réel, le forçage climatique le plus important après 1988 a été de loin l'éruption volcanique du Pinatubo, la plus grande du siècle passé. Les forçages sont mesurés en watt-an par mètre carré (W-an/m2) en moyenne sur toute la surface de la terre (1 w-an/m2 est donc le chauffage de 1W/m2 sur toute la planète pendant un an). Les petites particules émises dans la stratosphère terrestre par le Pinatubo ont renvoyé le rayonnement solaire dans l'espace, causant un forçage climatique négatif (refroidissement) d'environ - 5 W-an/m2. En comparaison, les forçages climatiques dus aux émissions gaz à effet de serre supplémentaires s'échelonnent entre environ +1,6 W-an/m2 dans le scénario C et +2,3 W-an/m2 dans le scénario A.
Donc sur les quatre scénarios (A, B, C et monde réel), seul le scénario A ne comportait pas d'éruption volcanique importante. L'activité volcanique des scénarios B et C était plus faible que celle du monde réel et déplacée de quelques années, mais par chance son effet de refroidissement était assez similaire à celui du Pinatubo. Malgré le fait qu'il ne prenait pas en compte le forçage climatique le plus important, Michaels a choisi de comparer le scénario A - et seulement le scénario A - au monde réel. Est-ce un cas d'idiotie scientifique ou y a-t-il autre chose? Peut-être que Michaels ne veut pas vraiment comprendre le monde réel. Bien que ce soit moins important pour les changements de températures entre 1988 et 1997 examinés par Michaels, les variations dans le monde réel des émissions de gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l'oxyde d'azote (N2O) et les chlorofluorocarbones (CFC) ont provoqué un forçage similaire à celui des scénarios B et C. La raison de la lenteur du taux de croissance dans le monde réel vient du fait que les taux de croissance du CH4 et du CO2 ont ralenti au début des années 1990 (cela peut avoir été associé au Pinatubo; dans tous les cas, le taux de croissance du CO2 s'est ensuite rapidement accéléré).
Un lecteur avisé pourrait se demander pourquoi le monde s'est réchauffé durant la période 1988-1997 étant donné que le forçage négatif (refroidissement) occasionné par le Pinatubo excédait le forçage positif (réchauffement) occasionné par les gaz à effet de serre sur cette période. La réponse est que le système climatique était également poussé par le "déséquilibre énergétique" de la planète de 1988.
Le système climatique n'avait pas encore réagi complètement aux gaz à effet de serre rejetés dans l'atmosphère auparavant. Le réchauffement décennal continu observé, malgré le forçage volcanique très important, vient confirmer ce déséquilibre énergétique planétaire.
BRUIT ET DISTORSION
La manoeuvre malhonnête de Michaels consistant à comparer le monde réel seulement au scénario le plus inapproprié lui permet d'arriver à ses conclusions trompeuses et incorrectes. Néanmoins il est également important d'exposer un aspect non scientifique de sa méthode.
Les scientifiques essayent d'apprendre quelque chose en comparant le monde réel avec des calculs de modèles climatiques. La sensibilité du climat présente un intérêt particulier dans la mesure où les futurs changements climatiques en dépendront fortement. En principe, nous pouvons déterminer la sensibilité du climat si nous avons une connaissance précise du forçage net qui entraîne un changement climatique, et du changement de température global qui se produit suite à ce changement. Cependant, même si ces conditions exigeantes sont remplies, il est nécessaire de comparer la magnitude des changements calculés avec la magnitude du "bruit", qui comprend les erreurs de mesure et les variabilités chaotiques (non provoquées) des changements climatiques dans les modèles et dans le monde réel.
Si Michaels avait examiné la question du bruit, il aurait réalisé qu'un changement de neuf ans est insuffisant pour déterminer les tendances de températures du monde réel ou pour distinguer les différents modèles. Même la période 1988- 2005 est, dans la plupart des cas, trop courte pour être exploitée. Dans quelques années, les différences entre les scénarios A, B et C et les comparaisons avec le monde réel auront beaucoup plus de sens.
La dernière ânerie de Michaels, répétée à plusieurs reprises, a été de m'accuser d'approuver
l'exagération des conséquences potentielles du réchauffement planétaire à venir. Ce ne sont encore une fois que des foutaises. Michaels me cite en train d'affirmer qu'il "était peut-être approprié de mettre l'accent sur des scénarios extrêmes lorsque le public et les décideurs étaient relativement peu conscients du problème du réchauffement climatique". Comment Michaels s'y prend-il pour donner l'impression que je défends l'exagération? Il a sorti la phrase de son contexte, l'isolant d'un paragraphe dans lequel je critiquais légèrement la tendance des simulations climatiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, qui tend à attirer l'attention en premier lieu sur les cas d'importantes augmentations de forçages climatiques. Voilà le paragraphe dans son ensemble (extrait d'une présentation faite juin 2003 devant le Council on Environmental Quality): "Il était peut-être approprié de mettre l'accent sur des scénarios extrêmes lorsque le public et les décideurs étaient relativement peu conscients du problème du réchauffement climatique, et que les sources d'énergies telles que les combustibles synthétiques, l'huile de schiste et les sables bitumineux étaient sérieusement envisagés. Aujourd'hui, néanmoins, il faut présenter des scénarios de forçage climatique manifestement objectifs qui concordent avec la réalité des conditions actuelles. Des scénarios qui correspondent aux observations récentes et à celle d'un futur proche ont plus de chance d'amener toutes les parties importantes à la discussion , ils sont également nécessaires pour fournir aux décideurs les outils les plus efficaces pour stopper le réchauffement climatique.
Est-ce qu'un lecteur intelligent peut penser en lisant le paragraphe entier, ou même la phrase entière (en supprimant la moitié de la phrase il a sorti encore d'avantage la citation de son contexte), que j'encourage l'exagération? Au contraire.
Peut-être devrais-je prendre pour un compliment le fait que quelqu'un examine mes écrits avec autant d'attention dans l'espoir d'y trouver quelque chose pouvant être cité hors contexte.
Ayant pris la peine de réfuter les affirmations de Michaels, je me demande si cela est une bonne stratégie de débattre avec les négationnistes. Beaucoup d'entre eux, y compris Michaels, reçoivent un soutien de la part d'intérêts privés, tels que les constructeurs automobiles ou les sociétés de combustibles fossiles. Il est compréhensible que les intérêts privés aient été attirés au départ par les scientifiques qui délivraient le message qu'ils préféraient entendre. Mais maintenant que le réchauffement climatique et ses impacts sont plus clairs, il est temps pour le monde des affaires de reconsidérer ses positions - et les scientifiques, plutôt que de débattre avec les négationnistes, feraient mieux de communiquer avec les chefs d'entreprise.
Ces derniers ne sont pas arrivés là où ils en sont sans être habiles et sans savoir s'adapter. Nous devons leur faire comprendre les responsabilités légales et morales associées à la négation du réchauffement climatique.
Il est temps pour les chefs d'entreprises de virer les négationnistes et de se concentrer sur les défis et les opportunités du monde des affaires.
MANOEUVRES BUDGÉTAIRES ET TOUTEPUISSANCE DE L'EXÉCUTIF
Le second incident concerne le budget de la NASA.
De nombreuses personnes sont conscientes du fait qu'il est arrivé quelque chose au budget des sciences de la terre de la NASA, pourtant, beaucoup de gens n'ont pas encore complètement pris conscience de la sévérité des coupes budgétaires ni de ce que cela implique à long terme. Cela est en partie le résultat d'une manœuvre budgétaire discrète.
Lorsque l'on annonce les budgets pour l'année fiscale à venir, les écarts d'augmentation par rapport à l'année écoulée pour les agences et leurs différentes sections représentent un faible pourcentage.
Une agence qui obtient une augmentation de 3% peut s'estimer heureuse par rapport à celles qui doivent se contenter de 1%. Les petites différences sont très importantes car toutes les agences ont des coûts fixes (salaires des fonctionnaires, bâtiments, autres infrastructures), les nouveaux programmes ou les nouvelles initiatives dépendent donc étroitement des hausses de budget et du rapport entre ces hausses et l'inflation.
Quand l'administration a annoncé son projet de budget pour l'année fiscale 2007, il était inscrit que la NASA recevrait une augmentation habituelle d'environ 1%.
Pourtant, le budget de recherche en sciences de la terre a été réduit d'environ 20% par rapport 2006. Comment cela a-t-il pu se produire?
C'est assez simple: il suffit de réduire le budget e recherche de 2006 de manière rétroactive de 0%! A un tiers de l'année fiscale 2006, on a nnoncé à la section des sciences de la terre de la ASA qu'elle allait devoir trouver comment continuer avec une réduction de budget de 20%.
Le budget des sciences de la terre est presque un budget de faillite. Du point de vue du contribuable, cela n'a aucun sens. Un budget de 80% doit principalement être utilisé pour maintenir les infrastructures (en pratique, on ne peut pas licencier les employés; les bâtiments des grandes installations comme le Goddard Space Flight Center ne vont pas être rasés, et il faut continuer à tondre les pelouses des centres).
Mais les coupes budgétaires annulent la majorité des nouvelles missions satellites prévues (certaines sont maintenues en théorie, mais dans un futur tellement lointain qu'il n'y a aucune somme à dépenser pour le moment), et les aides aux agents contractuels, aux jeunes scientifiques et aux étudiants disparaissent, et cela ne présage rien de bon pour l'avenir.
Bizarrement, ces coupes se produisent juste au moment où les informations de la NASA révèlent des résultats spectaculaires et saisissants.
Deux petits satellites qui mesurent le champ gravitationnel de la terre avec une précision remarquable ont découvert que la masse du Groenland avait perdu l'équivalent de 200 kilomètres cubes de glace en 2005. La surface du Groenland sujette à la fonte estivale a augmenté de 50%. La vitesse des deux courants glaciaires (les portions de la couche glaciaire qui se déplacent le plus rapidement vers l'océan et donnent naissances aux icebergs) les plus importants du Groenland a doublé et la zone de l'océan Arctique recouverte par les glaces a diminué de 25% sur les 25 dernières années.
Un bon moyen de ne pas entendre les mauvaises nouvelles est d'arrêter les mesures. Un seul problème: la première ligne de la mission de la NASA affirme son devoir de "comprendre et protéger notre planète". On devrait peut-être remplacer cette phrase par "... protéger les arrières des intérêts privés"...
Je devrais dire que l'énoncé de la mission de la NASA était "comprendre et protéger notre planète". Cette partie a été supprimée - une suppression choquante à mon avis: j'utilisais cette phrase depuis décembre 2005 pour justifier ma dénonciation des dangers du réchauffement de la planète. Cet énoncé de notre mission a été rédigé entre 2001 et 2002 par une procédure participative impliquant des représentants des différents centres de la NASA et la participation par e-mail des employés de la NASA. A l'opposé, la suppression de la première phrase s'est faite par le biais d'un rapport sur les dépenses présenté au Congrès en février 2006, le même rapport qui a amené à l'amputation rétroactive du budget de recherche des sciences de la terre. En juillet 2006, j'ai demandé à des dizaines d'employés et de responsables de la NASA (y compris mon supérieur), s'ils avaient remarqué le changement. La plupart d'entre eux n'avaient rien remarqué. Plusieurs se sont montrés inquiets qu'une gestion du changement aussi arbitraire puisse avoir un effet néfaste sur le moral de l'organisation.
Les errances budgétaires de Washington ne sont pas passées inaperçues. Par exemple, deux éditoriaux du Boston Globe, "Terre à NASA: Au Secours!" (15 juin 2006) et "Ne posez pas de questions; ne posez pas de questions" (22 juin), dénonçaient la quasi-suppression des mesures terrestres. Bien entendu, on peut considérer le Globe comme un média "libéral" (ndlt. non conservateur), et ses éditoriaux ne soulèveront peut-être pas beaucoup de questions.
La Mission de la NASA
Comprendre et protéger notre planète. Explorer l'univers et rechercher d'autres formes de vie. Inspirer la prochaine génération d'explorateurs ... comme seule la NASA peut le faire.
Mais ce sont les conservateurs et les modérés qui devraient être les plus contrariés, et je me considère comme un conservateur modéré. Lorsque j'étais à l'école, nous avons appris que c'était le Congrès qui tenait les cordons de la bourse; c'est écrit dans la Constitution. Mais il semblerait que cela ne fonctionne pas de cette manière, pas si l'administration Bush peut couper le budget de la science comme elle l'a fait au milieu de l'année fiscale. On dirait plutôt que la "théorie de l'exécutif unifié" (la théorie selon laquelle le Président peut faire plus ou moins ce qu'il veut) de David Baltimore est appliquée ici avec succès. J'ai l'impression que les conservateurs et les modérés préféreraient que le gouvernement fonctionne comme il est écrit dans la Constitution et qu'ils préfèreraient obtenir des informations sur l'état de la terre ayant pour source de vraies observations et non pas de la science-fiction bien pratique.
Le Congrès essaye de résister à ces manipulations budgétaires. La Chambre des représentants a rétabli une fraction des coupes du budget de la science pour l'année fiscale 2007 et tente de rétablir les calendriers de certaines missions planétaires.
Mais les mesures correctives restent limitées. Vous pouvez regarder dans les livres d'école de vos enfants la manière dont fonctionne le gouvernement américain. Si ces livres affirment toujours que le Congrès tient les cordons de la bourse, certaines mises à jour sont nécessaires.
Mais cela ne serait-il qu'un mauvais rêve? On va m'accuser d'être aussi naïf que ce garçon qui avait crié "Joe, dis que ce n'est pas vrai!" en 1919 à "Shoeless" Joe Jackson, le joueur déchu des Chicago Black Sox, pourtant je conserve l'espoir que la suppression de la première phrase de la mission de la NASA n'est pas une manière de tirer sur le messager ou le résultat d'une croissance trop faible du budget total de la NASA, mais simplement une erreur de transcription.
Ceux qui ont travaillé dans l'environnement moite et sordide de Washington connaissent les formes de vie peu appétissantes qui y prolifèrent. Peut-être que le règlement de la NASA est resté ouvert tard un jour et que, par hasard, la ligne "comprendre et protéger notre planète" a été effacée par le ventre gluant d'une limace rampant dans la nuit. Pour nos enfants et nos petits-enfants, prions pour que ce soit la bonne explication de cette disparition douteuse, et pour que notre planète retrouve la place qui doit être sienne dans la mission de la NASA.
James Hansen est professeur auxiliaire à l'Institut de la Terre de l'Université de Columbia et directeur du Goddard Institute for Space Studies à New York. Il exprime ici son opinion en tant que citoyen et sous la protection du premier amendement de la Constitution américaine.
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Fasten seat belts... Boing
Le Voyage est court... essayons de le faire en première classe. Philippe Noiret
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