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Histoire et photos de Damien Magnenat, Suisse
Damien Magnenat
Damien Magnenat

Suisse
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A propos de ce pays:
Japon Le Japon, connu sous le nom de "pays du soleil levant" se situe au Nord-Est de l'Asie. Il est découpé en dix régions. C'est un archipel volcanique ...
Japon
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Carnet de voyage
Merveilleux Japon
Japon

 


(Du 28 aoüt 2009 au 20 septembre 2009)

Je jette un dernier regard sur la Tour Eiffel qui s'évade au loin dans la lueur tamisée du crépuscule, puis le vrombissement sourd des réacteurs efface soudainement l'horizon terrestre sous une mer de nuages scintillante. Mes rêves d'enfant reprennent subitement leur raison d'être. Partir à l'aventure, vivre intensément, le temps d'un voyage, au gré de l'ardeur qui me conduit vers des destinations toujours plus lointaines.

Je ressens une nouvelle fois cette bienheureuse tonicité qui s'éveille en moi chaque fois que je donne des ailes à mes aspirations les plus chères. Je m'envole cette fois-ci de l'autre côté du monde, laissant derrière moi le petit bout de terre que je connais maintenant assez bien pour pouvoir le décrire, le raconter avec passion aux personnes que je croiserai sur ma route.

Sans plus attendre, je lie conversation avec Yuko, ma coéquipière de droite qui m'aborde avec une simplicité déroutante en vue de faire connaissance et égayer un peu ce long vol intercontinental. Penchés sur notre traducteur respectif, nous nous présentons les yeux remplis d'une vive curiosité. Le visage animé, n'exprimant que douceur et gentillesse, elle m'enseigne les bases de la langue japonaise et des formes qu'il se vaut d'observer au sein de la société nippone.

Nous survolons toute la Sibérie durant la nuit et nous réveillons le lendemain au-dessus du Kamtchatka qui défile en direct sur nos écrans grâce à une caméra située sous l'appareil. Nous atteignons rapidement les rives du Japon, traversons le Honshu, l'île principale du pays, et atterrissons vers 14h à Narita au coeur de la vaste plaine du Kantô.

Un accueil formidable

Ça y est, me voici confronté de plein pied à cette société japonaise dans laquelle je souhaite me perdre pour laisser au hasard toute la place qu'il mérite en pareille aventure. Plus je m'éloigne de l'aéroport, plus la vie qui m'entoure me devient incompréhensible, au point d'être soudainement pris d'une pointe d'appréhension. Par moment, plus le moindre caractère latin ne ressort des innombrables enseignes publicitaires couronnant les buildings.

Le trajet ferroviaire entre Narita et Tokyo est exceptionnel! Nous survolons à toute vitesse d'immenses étendues de petites maisonnettes dépassant rarement les deux étages, reliées les unes aux autres par un réseau touffu d'antennes et de câbles électriques. J'aperçois au loin quelques tours surgissant au-dessus de l'enchevêtrement de petites ruelles fourmillant d'activité. Puis le niveau des immeubles s'élève, les voies ferrées et les autoroutes s'entremêlent sur plusieurs étages du haut de leurs immenses rampes d'acier, je distingue "Tokyo" dans le haut-parleur, me voici au coeur d'une des plus grandes mégalopoles du monde! Et je me perds décidément bel et bien...

Vue sur la capitale depuis la tour de Roppongi Hills
Il est 17h, le couchant se mire lentement sur les parois vitrées d'une enceinte de gratte-ciels, ne laissant bientôt place qu'aux lumières fluorescentes de la ville. Chargé comme un mulet, je fais quelques pas dans le quartier avoisinant la gare à la recherche d'un petit hôtel, mais désenchante rapidement sur mes chances de succès... Au petit bonheur la chance, deux accortes demoiselles, me voyant retourner dans tous les sens ma carte de géographie, volent à mon secours avec le plus charmant des sourires. "Here, you'll never find an hotel!" s'exclament-elles tout amusées par ma courageuse imprévoyance et mon air d'européen égaré. Nina et Mika, à la silhouette élancée dans un complet d'été raffiné seyant à merveille avec le style légèrement huppé de l'arrondissement, m'offrent finalement le plus bel accueil japonais que je pouvais souhaiter.

Sans perdre une minute, nous repartons tous les trois sur la station en échangeant une conversation des plus joviale et animée. Il suffit d'un bref passage sur Internet et d'un coup de téléphone pour qu'une chambre d'hôtel m'attende dans le quartier d'Asakusa. Nous sommes vraiment exaltés par cette bienheureuse aventure qui a réciproquement pimenté notre début de soirée. "See you on Facebook!", me lancent-elles pour donner suite à cette brève rencontre. Nous nous quittons avec une poignée de main qui semble fort peu naturelle, et d'une multitude d'Arigatô gozaimasu accompagnés de petites révérences. Je parviens une demi-heure plus tard à l'hôtel dans lequel je réserve les quatre premières nuits de ce voyage qui s'annonce déjà des plus trépidants.

Créatures des profondeurs

Un typhon grise deux jours durant le ciel de la capitale, puis s'évapore comme par magie le matin du 1er septembre. J'en profite pour tracer un petit itinéraire haut en couleur au sud de la ville, entre les quartiers de Tsukiji, Shiba et Ginza.

Voici des années que je rêvais de voir le marché aux poissons de Tokyo. Et puisque je suis enfin réglé à l'heure du Japon, je m'en vais de bonne heure sur le front de mer pour y observer l'intense activité matinale. Selon mon guide, ce marché voit défiler chaque jour 2'250 tonnes de produits de la mer, dont 450 espèces de poissons. Son gigantesque espace de stockage frigorifique pourrait alimenter la capitale pendant 10 jours d'affilée. Sur place, je ne vois qu'une parcelle minuscule de cette impressionnante organisation, l'action se déroulant dans l'ombre d'une vaste galerie circulaire. L'odeur y est suffocante! Des milliers de tonneaux et de bacs remplis de créatures marines s'entassent le long d'étroits couloirs imbibés de sel. Dans la pâle clarté des ampoules incandescentes, les chalands examinent scrupuleusement les étals bouillonnant d'agitation à la recherche des prises de meilleure qualité. On y découpe, évide, apprête des thons de 300 kg, des dorades, des baudroies, des maquereaux, des sauts entiers d'anchois qui serviront à la friture, et bien d'autres espèces aux formes insolites. Je ne suis pas déçu de la visite, même si mes habits nécessiteront ce soir une bonne lessive.

La ville à perte de vue

Une mélodie planante sort des haut-parleurs de l'ascenseur qui me conduit à vive allure au sommet de la Tokyo Tower. Dépassant de quelques mètres la Tour Eiffel, c'est la plus haute antenne du monde qui se supporte d'elle-même, sans l'aide de câbles. Accompagné d'une flopée de touristes australiens plutôt costauds du bas-ventre, je reste ébahi devant l'incroyable panorama urbain qui s'étend à perte de vue sous mes yeux. Si ce n'est la mer et les parcs de la ville, pas une aspérité naturelle ne se distingue à l'horizon. Bien plus que toutes les capitales que j'ai déjà observées du ciel, cette ville tentaculaire paraît réellement s'étendre à l'infini... Je suis bien loin de l'Islande!

Suivant les différents quartiers, son architecture me fait penser à Lièges, en Belgique, toutes deux ayant été rasées par les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale. Un petit immeuble de cinq à dix étages semble être né à l'endroit de chaque déflagration, ceignant ainsi les avenues de la même façon qu'une cour de château fort entre ses murailles en escalier. Cet arrangement hétéroclite de bâtiments ne flatte pas vraiment le regard, mais gagne notre estime lorsque nous prenons conscience qu'il ressort des cendres de la guerre et des tremblements de terre.

International square

Je me dirige ensuite vers Ginza, quartier de Tokyo connu dans le monde entier pour ses commerces et ses divertissements. à vrai dire, il fait office de vitrine pour les grandes marques européennes de luxe qui placardent, non sans une certaine arrogance, leurs égéries débridées au devant de grandes façades rutilantes. Cette fois-ci, le nombre de caractères latins distance presque ceux du pays. Tout comme les parfums français et la mode italienne, les montres suisses y détiennent une place privilégiée.

Des compagnies entières d'attachés-cases s'agglutinent devant les passages piétons qu'ils traversent de la même façon que des essaims d'abeilles. Pantalons foncés, chemise blanche non cintrée portée le plus souvent sans cravate, une tignasse noire généralement bien garnie, voici le stéréotype du fonctionnaire japonais qui garde néanmoins un air plutôt décontracté. Les femmes se permettent quant à elles quelques notes colorées qui leur vont à ravir. Contrairement à ce que l'on raconte en Europe, je n'ai pas croisé une seule tenue excentrique depuis mon arrivée à Tokyo. Certes, une jupe un peu frivole ou une chevelure bestiale jurent parfois dans la foule, mais jamais dans l'excès. à côté de Londres ou de Paris, Tokyo fait véritablement figure de bon enfant.

Tokyo - kyoto

À nouveau lourdement chargé, je me lance ce matin sur la station principale de Tokyo et valide sans la moindre difficulté mon Japan Rail Pass qui me permettra de parcourir librement le pays durant ces deux prochaines semaines.

Le Shinkansen arrive en gare avec une précision bien helvétique. J'aperçois enfin une étendue d'herbe défraîchie en périphérie de la ville, puis une chaîne de montagnes verdoyantes apparaît soudainement à l'horizon pour ne plus nous quitter jusqu'à la fin du trajet. Nous suivons le littoral noyé sous le ciment. à vrai dire, c'est toute la face sud-est du Japon qui semble avoir été reconstruite il y a cinquante ans, tant l'urbanisme prend d'importance en ce dédale insipide d'agglomérations.

Nous parvenons très rapidement à Kyoto, située stratégiquement dans un étroit goulet de terre entre la Mer du Japon et l'Océan Pacifique. Capitale du Japon durant 1'100 ans après l'ère de Nara, cette ville dissimule sous son voile de pollution certains des plus beaux temples du pays.

Pagodes et châteaux

Les vieilles dames assises derrière moi se mettent à pouffer de rire lorsque je demande notre itinéraire au chauffeur du car postal dans lequel je me suis faufilé en vitesse. C'est bon, il se dirige droit sur Kinkakuji -Ji Temple, mon premier but en cette magnifique journée ensoleillée. Leurs petits coucous de la main, qu'elles me lancent en guise d'au revoir lorsque je descends du bus, me rassurent sur l'appréciation que la population se fait des touristes qui pullulent en cette saison.

Des classes d'étudiants se pressent à l'entrée du site historique. Dans leur uniforme immaculé, les adolescents m'abordent sous le regard attentif de leur vieux professeur qui les encourage sagement à mettre en pratique leurs leçons d'anglais. Les écolières sont vêtues d'un élégant complet de marin qui leur procure, avec une découpe plus proche du kimono que du corset cintré qui tend à se généraliser dans nos institutions occidentales, une aisance et une grâce particulière dans leurs mouvements. Les garçons sont quant à eux habillés d'une chemise blanche et de pantalons noirs dans la droite ligne de leurs aînés. D'où venez-vous? Comment trouvez-vous notre pays? Quelles sont les langues que vous parlez en Suisse? En arc de cercle, ils me questionnent avec assiduité.

Je suis surpris par la beauté du pavillon laqué de feuilles d'or de Kinkakuji-Ji Temple inscrit au patrimoine de l'humanité. Il règne au sein de cet espace bucolique une sérénité propre au courant de pensée zen qui dominait à l'époque des anciens shoguns.

Je poursuis ma route au travers de cette ville de Kyoto qui refoulerait à premier abord les visiteurs s'ils n'avaient conscience des trésors qu'elle recèle. En effet, avec ses avenues perpendiculaires congestionnées de trafic, elle n'a rien de pittoresque et ressemble fortement à ses consoeurs japonaises. La découverte intermittente d'une toiture cambrée lui confère néanmoins l'assurance d'appartenir à la caste des métropoles qui furent jadis le coeur d'un empire, telles que Rome et Athènes.

Miyajima et l'île aux sanctuaires

Prochaine étape, Miyajima! Je consacre mon après-midi à la visite de l'île située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest d'Hiroshima. C'est ici que se trouve l'un des symboles les plus connus du Japon, son Torii orange émergeant majestueusement des flots. Les touristes y débarquent par navires entiers et s'éprennent aussitôt du cadre pastoral qui les accueille. Des troupeaux de cerfs apprivoisés viennent taquiner les aînés et manger dans la main des enfants qui sautillent de joie de pouvoir caresser sans retenue leur épais pelage.

Effectivement, cette île regorge de charme avec ses sentiers sylvestres et ses temples bouddhiques immergés dans le son grave des gongs et des liturgies monastiques. Sacrée depuis la nuit des temps, des pèlerins viennent s'y ressourcer spirituellement et remuent avec dévotion les moulins à prière qui gravitent le long des escaliers.

J'y demeure jusqu'au coucher du soleil, admirant le Torii aux courbes élancées se parer lentement de teintes écarlates. Une foule animée s'approche de ses imposants piliers à marée basse. Au loin, j'aperçois le delta laiteux d'Hiroshima pâlir à mesure que la nuit avance. Des ferries parcourent en silence cette vaste mer intérieure parsemée d'îles d'une saisissante beauté...

Le Kantô

Je ne traîne pas ce matin! à huit heures, je me trouve déjà dans le Shinkansen en direction de Tokyo après une semaine passée au nord du Honshu dans le parc naturel de Towada-Hachimantai. J'en profite pour réaliser les dernières excursions qui me tiennent à coeur avant de quitter le Japon. J'orbite donc durant trois jours autour du coeur de la capitale, au travers de cette plaine du Kantô qui renferme de véritables trésors historiques.

Aussi je consacre tout mon vendredi à la visite de Nikko. Camouflé sous les ramures émeraude d'une forêt de cèdres du Japon, à une centaine de kilomètres au nord de l'ancien Edo, ce haut-lieu du bouddhisme japonais pourrait être qualifié de sanctuaire parmi les sanctuaires. L'atmosphère y est empreinte de mystère... Les temples sont parés de créatures mythologiques aussi inquiétantes que les gargouilles de nos cathédrales. Les murs de pierre couverts de mousse et les vieux troncs d'arbres semblent chargés de la mémoire des temps passés.

Une pagode de cinq étages rejoint le sommet des imposants conifères. Cinq étages représentant les cinq éléments de l'univers bouddhique, le ciel, le vent, le feu, l'eau et la terre. La pagode est surmontée par une longue tige métallique ornée de neuf anneaux et d'une sphère faîtière qui garderait les restes du Bouddha. Je reste ébahi devant la richesse ornementale de ces temples d'un demi-millénaire et suis ravi d'en apprendre chaque jour davantage sur cette religion bouddhique qui m'était jusqu'alors méconnue. Avec le monastère orthodoxe d'Agio Oros près de Thessalonique, les cathédrales catholiques italiennes, l'animisme Saame et les shows évangéliques londoniens, je poursuis mon initiation religieuse sans porter pour autant le moindre jugement sur l'une ou l'autre de ces croyances, mais en adoptant au contraire une attitude humble vis-à-vis de ces philosophies communément ancrées dans le concept de paix universelle.

Etrange théâtre Nô

Je me rends, l'avant-dernier soir de mon voyage, au théâtre Nô de Tokyo. Un gros point d'interrogation m'interpellait jusqu'alors sur la nature de cette prestation typiquement japonaise et décrite dans le monde entier comme étant l'une des formes théâtrales les plus spéciales qui soient.

Une longue estrade conduisant à la scène, surmontée d'une magnifique toiture traditionnelle, fait office de couloir d'entrée pour les musiciens et les choristes qui prennent place face au public. Sans un bruit, le visage flegmatique, ils s'agenouillent avec une indicible rigidité et tiennent cette position, le regard fixe, jusqu'à la fin de la prestation d'une heure et demie. Puis, deux d'entre eux font soudainement vibrer leur tambourin et poussent d'étonnantes onomatopées en une cadence lente et déconcertante. Le son strident d'une flûte accompagne par intermittence ces intonations des plus étranges.

Trois prêtres, vêtus d'un large kimono dans lequel ils semblent flotter, entrent sur la scène avec "d'immobiles mouvements". La voix tremblante, oscillant entre les graves et les aigus, ils entonnent en parfait accord un chant parlé, dérangeant et captivant à la fois, récit du chemin qui les a conduit jusqu'ici. Voici qu'apparaît un quatrième acteur, au visage caché derrière le masque d'une geisha, tenant le rôle d'une déesse qui vient prévenir la procession sur les risques qu'elle encoure si elle poursuit son chemin. Sa voix d'homme, ses déplacements presque imperceptibles troublent encore davantage ce tableau déjà angoissant à souhait. D'un bout à l'autre de la pièce, mon ventre est noué par l'étrangeté des scènes. Les voix accentuées, le rythme contrasté et le jeu statique des comédiens ont quelque chose de désagréablement hypnotisant. Je suis pris entre frayeur et fascination et souffle un grand coup en sortant du théâtre pour me régénérer les idées...

Le retour

Quel bonheur de revoir le morcellement de cette vieille Europe se dessiner sur l'écran de vol de la Japan Airlines. J'ai l'agréable impression d'être en quelque sorte son ambassadeur en me remémorant les paysages, l'architecture et l'accueil formidable que m'ont offert les habitants de chaque pays d'une extrémité à l'autre du continent. Je pourrais même jurer être passé par là, exactement sur cette route, en jetant mon regard sur la rive sud du lac Vänern, en Suède, que nous survolons après l'interminable steppe sibérienne. Il pleuvait ce jour-là et le froid me glaçait la colonne vertébrale. Je m'étais dit qu'une grosse nationale me permettrait de faire de l'avance en vue de quitter cette région des plus humides... Ah que je l'aime mon Europe!

Il est 23h lorsque je parviens enfin chez moi après 15h de vol. Les yeux desséchés, rouges vifs, je repense un instant à ce magnifique voyage et sombre dans un profond sommeil rempli de rêves merveilleux annonçant déjà les prémices de mes prochaines aventures...



Pour information consultez le site:
www.destination-aventure.ch
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Dernière mise à jour: mercredi 27 janvier 2010 I would like to read this site in English Je veux lire ce site en Français