From: Pascal MANNAERTS
Sent: Thursday, March 01, 2007 6:42 PM
Subject: Yep je suis à Nouakchott!!
Coucou tout le monde! Et voilà, je suis à Nouakchott. J'ai quitté Bamako ce matin à 12 heures, on a fait escale à Dakar, puis arrivée à Nouakchott vers 16 heures. Une petite emmerde vite solutionnée au départ à Bamako car j'avais des objets d'art africain dans mon sac, sans permission, mais j'expliquerai comment on s'en sort ici en Afrique.
Sinon le vol s'est super bien passé, entre Dakar et Nouakchott, j'ai eu l'agréable surprise de me retrouver à côté d'un Nigérian qui faisait du business en Thaïlande, à Bangkok, au Pratunam market, je suppose que ça rappelle des souvenirs à certains. Super marrant le bonhomme, super intéressant, à me raconter tous ses déboires en Thaïlande, et à s'échanger nos souvenirs de là-bas et d'ailleurs car il bouge un peu partout en Asie, pour du business de vêtements... (Enfin, ce qu'il m'a dit en tout cas, we never know).
L'arrivée à Nouakchott, ok, mais wow, vous devriez voir Nouakchott, oh vraiment, on croirait une ville sortie de 10 années de guerre, tout est délabré, enfin je raconterai plus après. Allé big bizz, Internet est très bizarre ici, il n'ouvre que les pages à moitié mais j'espère que ça passera.
Pascal en plein centre de Tevragh Zeina, ça rappelle quelque chose à certains j'imagine.
From: Pascal MANNAERTS
Sent: Saturday, March 03, 2007 4:59 PM
Subject: Nouakchott...
Les derniers jours passés à Bamako étaient plutôt calmes. Histoire de se reposer un peu, de préparer le voyage en Mauritanie, en passant de bons moments chez Bocoum, à l'auberge Lafia. Mina et Tcheng, les deux Japonais que j'avais connus lors de mon arrivée au Mali, sont toujours là. Deux Américaines débarquent à l'auberge, venant de... Conakry. Elles y travaillent comme aides dans un dispensaire. Elles ont été obligées de quitter la Guinée, sur ordre de leur ambassade. Elles attendent à Bamako, le temps que la situation s'éclaircisse un peu là-bas, même s'il y a peu d'espoir. Le pays, pour la première fois, a été déclaré en état de siège par son président, Lansana Conté. Ils ont décrété le couvre feu, n'autorisant les gens à sortir de chez eux qu'entre 16 et 20 heures. Tous les étrangers ont été invités à quitter le pays, à moins d'y être indispensables. L'armée est partout. Fouilles domiciliaires, violences, vols, viols par les militaires, arrestations arbitraires sur simple dénonciation, c'est le chaos. Officiellement, un peu plus de 100 morts, mais elles ont entendu qu'en incluant les victimes, toujours principalement des jeunes, hors Conakry, leur nombre monterait à 4 ou 500. Et Lansana Conté reste persuadé qu'il est indispensable au pays, déclarant récemment encore "qu'il partirait le jour où la Guinée n'aura plus besoin de lui". Les militaires, et certains, bien en particulier, sont placés sur haute surveillance, car suspectés d'aller trahir le président de façon imminente. Ils sont ici persuadés qu'un coup d'état va se produire dans les prochains jours, et que telle sera l'unique solution au blocage actuel du pays. En attendant, ces deux infirmières se sont refugiées au Mali, et n'attendent qu'une chose: retourner là-bas. Elles me disent que plein de Guinéens ont déjà fui vers le Mali ou le Sénégal (...).
Sans transition, mais il fait chaud à Bamako. Trop chaud. Quand je pense que les gens osent se plaindre en Europe, pour des petites canicules de rien du tout et de maximum deux semaines par an! Ici, au milieu de la journée, la chaleur est intenable. De 13 à 15 heures d'ailleurs, la ville est beaucoup plus calme, le trafic diminue, il y a beaucoup moins de monde dans les rues. La sieste s'impose, pour ceux qui peuvent se le permettre du moins. C'est l'heure à laquelle on se retrouve scotché sur son matelas, en se réveillant vers 15 heures, trempé et d'une lourdeur incroyable, malgré les ventilos tournant à plein tube.
Avec Mina, la Japonaise, on a passé une après-midi à la maison des jeunes de Bamako. Un super endroit. L'occasion de rencontrer plein de jeunes de tous les âges, et de vraiment tous les styles.
J'ai aussi dû courir au musée national, au nord de la ville. J'ai pas pu résister à ces marchands de statuettes et de masques bambaras et dogons qu'on trouvait un peu partout à Mopti. Résultat: je me suis retrouvé avec près de 10 kilos d'objets. Marchandant "comme un vrai Boso", selon les vendeurs de Mopti. Les Bosos, c'est l'ethnie des commerçants pêcheurs, qui ont la réputation d'être les meilleurs en affaires. Je devais donc envoyer une partie par la poste, pour éviter notamment les droits de douane qu'ils ne manqueraient pas de me demander lors de mon passage en Mauritanie et au Sénégal. A la poste, on m'apprend que pour l'envoi de n'importe quel objet à connotation culturelle ou artistique (...), on doit obtenir la permission du musée national et d'archéologie. Aussi, leur payer 10% de ce qu'on a déjà payé pour ces objets. Bon ben, je file en taxi de bonne heure. Le tout est rapidement joué, mais la charmante responsable m'apprend, une fois la procédure terminée bien sûr, que cette obligation n'est valable que pour les toutes vieilles pièces valant des fortunes, et non pour les "copies" que l'on trouverait sur les marchés. Ce qui est d'ailleurs 100% logique, normal et légitime par ailleurs. Elle m'a dit elle-même que, à la poste, ils sont un peu compliqués, mais qu'en exportant de tels objets dans mes bagages, cela ne pose absolument aucun problème. Enfin voilà, j'en poste une partie en bonne et due forme, l'autre, je l'emporte avec moi, histoire qu'il me reste quelque chose au cas où la poste malienne ne serait pas fiable.
Jeudi 1er mars, 10h30 a.m., je me pointe à l'aéroport de Bamako Sénou. Un petit aéroport, sans grand monde, juste quatre départs prévus pour aujourd'hui, un sur Paris, et 3 sur le continent africain. Mon vol sur Nouakchott fera escale à Dakar.
Il est 11 heures... le check in. Ne disposant pas de scanners, ils ouvrent les bagages destinés à la soute, un à un. Une armada de douaniers, tous bien charmants dans leur uniforme bleu électrique, est prête à l'attaque. Ca y est, c'est mon tour. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais m'attirer des emmerdes. Il me demande ce que j'ai dans mon grand lafuma. "Euh, des vêtements monsieur, et quelques souvenirs du pays". Comme par magie, mon douanier, sans même avoir ouvert mon sac mais ayant sans doute senti le fromage, m'invite à passer à l'extrémité du comptoir, bien à l'écart des autres. Pendant ce temps, un jeune discute fermement au sujet du contenu de ses bagages, je ne sais pas trop ce qui pose problème. C'est parti. La trousse de toilette est mes chaussettes sales, que j'avais placées tout au dessus pour les dissuader de fouiller davantage, sont bien vite mises sur le côté. On en arrive au trésor. En fait, c'était tellement prévisible que j'aurais presque pu parler à sa place. Monsieur le douanier me dit que je ne peux comme cela exporter des souvenirs, qu'il me faut payer une taxe d'exportation car ce sont des choses culturelles. Je lui rétorque que ce sont des cadeaux, que ça n'a aucune valeur marchande, et surtout... que j'ai vu madame Bintou, au musée, qui m'a confirmé qu'on peut exporter ces objets puisque ce ne sont pas des antiquités. Là, il semble tout surpris, que je lui donne le nom de cette femme, je ne sais pas s'il la connaît, mais peu importe. Du coup, il a déjà l'air moins entreprenant. Mais je le sens trop venir... il me dit, en faisant aussi le geste avec ses doigts, que je dois quand même lui payer un petit quelque chose. Il me le dit tout bas, pour soigneusement éviter que ces collègues ne soient au courant. Et moi, ça commence à m'énerver... Je lui répond qu'il n'en est pas question. De toute manière, je suis dans mon droit, j'en ai encore eu confirmation la veille par cette chère madame Bintou. Je demande à voir son chef. Tiens, par hasard, le chef n'est pas là. Puis, là, je me lance.
Ca passe, ou ça casse. "Ecoutez, monsieur, je sais que ça ne pose aucun problème, d'ailleurs, je connais monsieur Idrissa Mamadou Touré (nom inventé), le grand consul de l'ambassade du Mali en Belgique. C'est un bon ami à mon père, ils font du sport ensemble. Attendez, on va l'appeler, j'ai son numéro si vous voulez, il m'a dit que je pouvais l'appeler n'importe quand, si j'avais un problème au Mali". Et là, c'était réglé. Je remballe tout, et mon sac passe au comptoir de Air Mauritanie. J'en revenais pas. Et d'où cette idée? Eh bien quand j'étais en transit à Casablanca, à l'aller, j'avais rencontré un français d'origine sénégalaise, qui m'avait mis en garde contre les abus de ces représentants des autorités qui essaient de se faire de l'argent sous n'importe quel prétexte. Lui, ayant eu le cas à Rosso, car son passeport français n'était soi-disant pas en règle, et se voyant demander une somme folle pour le récupérer car on l'avait confisqué, avait menacé d'appeler un supérieur dont il connaissait le nom. Et on lui avait rendu le passeport. Comme quoi, sorry, mais à force de se faire baratiner, on en devient soi-même bon baratineur. Peut être même pire encore. Jouer ce jeu, puisque telle semble être la règle ici. Non mais! Heureusement quand même que "Idrissa Mamadou Touré", ça paraissait crédible!
Un dernier petit stress avant le décollage. Je lis que le vaccin pour la fièvre jaune est obligatoire pour entrer en Mauritanie. De mémoire, je ne sais plus si je suis en ordre avec la fièvre jaune. Aaaah, je n'avais pas lu ça avant. Je bondis sur mon passeport et sur le carnet de vaccination qui y est agrafé et m..., je ne vois mentionné dans la liste que le vaccin contre la fièvre typhoïde que j'avais fait en partant au Pérou. Je fouine dans ce carnet en long et en large, rien. Je cherche encore et... l'agrafe du carnet au passeport prend la page 1 et 3 du carnet, ce que je n'avais pas vu. Et sur la page 2, le vaccin fièvre jaune est mentionné. Ouf, on ne me rapatriera donc pas à Bamako...
On doit reconnaître les sacs sur le tarmac de l'aéroport, puis partir à pieds vers l'avion. Quelle sensation de liberté, tout à coup, sur ces immenses pistes avec ces monstres volants aux pieds desquels on se sent si petit. La foule s'engouffre dans l'appareil. J'aperçois quelques Maures blancs, vêtus de leur longue tunique blanche gonflée par le vent. Je suis vraiment content de me rendre en Mauritanie, histoire de voir de mes propres yeux à quoi ressemble ce pays dont on m'a tant parlé.
Les stewards saluent les passagers du classique "salamalekum". "Mismillah Rahmane Rahim", la vidéo expliquant les consignes en vol est lancée. Les hôtesses portent le voile. Le vol jusque Dakar se passe super bien, hormis ce transit de 1h30 sans pouvoir sortir de l'avion, le temps que les passagers montant à Dakar pour repartir sur Nouakchott ne le remplissent. Un jeune s'assied à côté de moi. J'oubliais de dire, sur les vols africains, apparemment, on s'assied où l'on veut. Ma place était rangée 8 et je me suis retrouvé à l'arrière de l'appareil, près des toilettes. Avant le décollage de Bamako, une femme était allongée et occupait toute la rangée 8. Sans doute était elle fatiguée.
Mon voisin est Nigérian et vit... en Thaïlande. Il parle super bien anglais. Je lui demande ce qu'il fait en Thaïlande et il m'annonce... qu'il vend des vêtements au Pratunam market de Bangkok! C'est pas vrai!? Le Pratunam market, c'est le géant marché de fringues de la capitale thaïlandaise, fréquenté principalement par les jeunes, avec toutes les contrefaçons possibles et imaginables, mais surtout, avec tous ces modèles de jeunes créateurs qui, désireux de se faire un peu de sous, vendent leurs créations à des prix super intéressants. Un super endroit si vous passez à Bangkok!
Il vit à Bangkok depuis 11 ans. Il a d'abord fait du "underground business", sans m'en expliquer davantage, puis s'est lancé dans le commerce de vêtements. Il me raconte ses déboires avec les Thaïlandais (et les Thaïlandaises, notamment), les difficultés que connaissent les Africains voulant faire des affaires là-bas, car selon lui, bien moins considérés que ce qu'il appelle globalement les "white people", m'évoque ses souvenirs de full moon parties dans la baie de Koh Phan Gan etc... Il se rend à Nouakchott chez un ami, pour essayer de lancer une affaire entre la Thaïlande et la Mauritanie. Hier, il était dans un club à Dakar et se sent un peu dégoûté car à Dakar, une fille "coûte 15 000 CEFA, alors qu'en Thaïlande ou au Nigeria, c'est bien moins cher" (...). Le vol passe à toute allure et nous voilà en descente vers Nouakchott. "Mesdames et messieurs, veuillez attacher vos ceintures, nous allons atterrir dans quelques minutes".