"Traverser les 30km qui séparent Tenerife de l'île de la Gomera, peu de personnes le font: 15'000 par an, à peu près, sur les 2 millions de touristes qui visitent chaque année la voisine canarienne... Et pourtant, c'est de là que Christophe Colomb est parti à la conquête de l'Amérique!"
Introduction
Avec deux amis, nous avons eu envie de voyager autrement. Adeptes de la randonnée, ils nous ont entraînés sur les pentes de La Gomera, une île des Canaries moins fréquentée que ses grandes sœurs. Nous allons pratiquer le "tourisme rural" sur les pentes et dans le Parc National de Garajonay, un site inscrit par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'Humanité.
Nous avons pris le ferry, qui effectue trois fois par jour l'aller et retour entre Los Cristianos de Tenerife et San Sebastian de la Gomera. Deux coups de sirène à l'arrivée dans le port, et c'est parti pour 8 jours de randonnée, de souvenirs, d'efforts, de fatigue, de râlages et de fous rires sur les pentes Gomeranes...
Avec sa superficie de 369 km2 et des 25 km de diamètre, l'île est la plus petite de l'archipel après celle de Hierro, mais on dit que c'est la plus exotique!
Vue du ciel, la Gomera ressemble à un entonnoir renversé... Elle y ressemble aussi vu d'en bas, comment dire: "à hauteur de pieds"?
En effet, du sommet central, l'Alto de Garajonay, qui culmine à 1 487 m, le terrain dégringole par des routes sinueuses, des sentiers et des chemins muletiers vers la mer, découpé en "côtes de melon" par plus ou moins trente-six ravins ou canyons, les Barrancos, en pentes souvent abruptes, ce qui nous promet bien du plaisir...
Le vivre et le couvert
Nous avons pris un hébergement dans un gîte rural, en bordure de mer, dont les propriétaires seront nos guides, toute la semaine, pour nous offrir leurs connaissances sur le patrimoine de l'île: histoire, légendes, flore et faune spécifiques aux Canaries. Le soir, au retour de randonnées "en étoile", la grande terrasse de notre havre nous offre une vue magnifique sur la vallée couverte de bananiers et l'océan Atlantique.
En pratique, chaque jour, un minibus nous conduit au point de départ et vient nous reprendre au point d'arrivée.
Il ne suffit pas, alors, de se laisser glisser du haut de l'entonnoir vers le bas... Non! Nous jouerons, le plus souvent, à "saute-barranco", c'est-à-dire que nous passerons plusieurs heures à monter et/ou descendre alternativement d'un point à un autre, en cumulant ainsi les dénivelés positifs et négatifs jusqu'à la fin du chemin, qui aura souvent coïncidé, au moins au début, avec l'épuisement des troupes...
Une des divinités tutélaires de notre séjour est Mari, la cuisinière. Lors de délicieux repas, elle sait nous faire apprécier la gastronomie gomérane. En effet ces Îles ont une production locale importante. Outre les célèbres tomates des Canaries, on y cultive bananes, naines ou rouges, figues, avocats, pastèques, melons, raisin, pommes, poires, goyaves, mangues, ananas...
Le climat privilégié des Îles Fortunées, comme on les appelait dans l'Antiquité, et leur emplacement entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique a donné naissance à une cuisine riche de ses influences multiples, y compris celle des Guanches, les premiers habitants de l'archipel.
Justement, ces derniers nous ont laissé en héritage le gofio. Une farine faite de graines de céréales (blé, maïs ou orge, parfois aussi pois chiches) grillée et écrasée, qui sert à réaliser de nombreux mets: galettes, boulettes, pâtes aromatisées, salées ou sucrées...
Un autre pilier de l'alimentation est le poisson, grâce à la richesse du banc saharien, à proximité des îles.
En combinant ces deux éléments, nous avons, par exemple, particulièrement aimé le "gofio revuelto de la cazuela" de Mari. La cazuela est un plat typique, "le pot au feu" canarien. C'est un plat de poisson cuit au court bouillon accompagné de gofio amalgamé en purée avec le bouillon du poisson.
Mari a servi ce plat avec du mojo picón, rouge, une sauce piquante pilée à base d'ail et de poivron et du mojo vert, à base de persil et coriandre, ainsi que des rondelles de patates douces cuites à la vapeur et de bananes grillées. Un régal...
Et lors des excursions, pour se réconforter, mieux que les barres de céréales, on apprécie le "gofio con miel", c'est-à-dire le gofio au miel, hautement énergétique et réparateur!
Michel et Marie-France ont fait paraître cette année aux éditions Le manuscrit leurs 2 derniers carnets de voyages: Des Montagnes sacrées aux rivages de l'Empire du Milieu (provinces du Hubei, du Shanxi et du Shandong) et un air de printemps à Pékin.
Si vous désirez voir l'ensemble des photos que nous avons prises à la Gomera, ainsi que le récit de nos autres voyages, rendez-vous sur le site: www.carnets-et-voyages.net. A bientôt!