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Carnet de voyage
Majorelle, l'oasis bleue
Maroc
"Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté".
Charles Beaudelaire, ne connaissait pas la magnifique propriété du peintre Jacques Majorelle, question d'époque, mais ce vers correspond tellement à ce qui est devenu l'un des sites les plus visités de Marrakech, le fameux jardin Majorelle...
En effet, au pied de l'Atlas, au cœur de Marrakech, et dans d'un environnement marqué par la sécheresse, un petit oasis de verdure surprend par sa luxuriance. Cactus, palmiers, bambous se mélangent harmonieusement. Pour le plus grand bonheur de visiteurs toujours plus nombreux...
Fabienne, venue de l'Ouest de la France est là, dans l'une des allées ombragées, son carton à dessins sous le bras. "Je suis amateur d'aquarelle, confie t-elle, et ce que j'apprécie beaucoup dans ce jardin, c'est la profusion de couleurs et en particulier la présence de ce bleu si profond. C'est un bleu outremer tellement intense et clair qu'il est devenu la marque de fabrique, en quelque sorte du peintre. Chez les marchands de couleurs, on l'appelle bleu Majorelle, tout simplement. Et puis ici, cette couleur met si bien en valeur les différents tons de vert des végétaux." A ses cotés, sa sœur Sylviane, aime la mise en scène qui anime ce jardin avec les pergolas, le bassin aux nymphéas et l'allée de briques patinées.
Toutes deux comparent l'endroit avec des parcs qu'elles apprécient, ceux de Normandie notamment, qui sont certes plus grands mais n'offrent pas une telle variété de plantes et d'arbres des cinq continents sur une si petite surface. Visiter le jardin Majorelle, c'est s'offrir un tour du monde végétal. Les cactus aux formes les plus extravagantes côtoient les palmiers venant de Californie, d'Inde ou encore d'Afrique de l'Est. Sans oublier cette forêt de bambous d'Asie du sud-est. Plus qu'un dépaysement, une véritable magie opère.
L'histoire de ce jardin résulte d'une double passion. Tout d'abord celle de Jacques Majorelle, ce peintre du début du siècle, qui tombé sous le charme du Maroc, s'installa à Marrakech et ouvrit ce jardin au public dès 1947.
Et puis celle de Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent qui, dès le début des années quatre-vingt ont racheté ce site pour lui redonner son lustre passé. L'endroit avait alors singulièrement perdu de sa magnificence. Et surtout, il risquait de totalement disparaître.
Source d'inspiration
Les terrains constituaient alors une denrée particulièrement recherchée par les promoteurs immobiliers. De ce point de vue, la situation n'a pas profondément évolué."Depuis de nombreuses années, je trouve dans le jardin Majorelle une source inépuisable d'inspiration et j'ai souvent rêvé à ses couleurs qui sont uniques" disait Yves Saint-Laurent. D'où cette ardente volonté de redonner vie à l'endroit. De très long mois de travaux, une totale restauration conjuguée à une note particulièrement salée et le site a retrouvé sa splendeur. Avec un musée en prime. En effet, l'atelier bleu conçu en 1931 par l'architecte Paul Sinoir abrite désormais un petit musée d'art islamique. Un lieu d'exposition pour la collection personnelle de Pierre Bergé et d'Yves Saint-Laurent. Il présente des objets d'art islamique venant du Maghreb et plus largement d'Orient. Céramiques, poteries, armes, bijoux composent un fonds d'une extrême beauté. Un espace est également consacré à Majorelle, l'artiste-peintre.
Ce que ne manque pas de souligner Jimmy, un quadragénaire venu d'un petit village à coté de Nancy.
"Majorelle, c'est un peu de notre patrimoine aussi. Son père Louis était un ébéniste et un artiste qui devait d'ailleurs initier le courant art nouveau en France". Effectivement, Jacques grandit dans un contexte artistique très marqué. Puis se consacra à la peinture au début des années vingt. "Il a été impressionné par ce qu'il a vu lors de ses premiers voyages. Et puis très vite, il s'est installé au Maroc. Sa passion et son talent lui ont permis de devenir un artiste très connu. On disait de lui qu'il était le peintre du sud marocain" poursuit Jimmy. Malheureusement, la plupart de ses œuvres sont dispersées dans des collections privées.
Il est possible d'en admirer certaines au Musée de l'Ecole de Nancy ou dans le luxueux hôtel de La Mamounia. Et puis, sans le savoir, vous avez déjà vu des œuvres de Majorelle. C'est lui qui a signé quelques unes des plus belles affiches, désormais très rétro, vantant les charmes du tourisme au Maroc.
Un vrai bonheur
Et quel bonheur, en sortant de ce musée que de s'immerger de nouveau dans cette verdure.
Majorelle était certes un collectionneur éclairé d'espèces rares mais la flore du jardin n'en finit plus d'étonner... et de proliférer. Plus de 300 espèces sont désormais présentées. Un bonheur pour le touriste et un sacré boulot pour la vingtaine de jardiniers qui quotidiennement assurent l'entretien. Fabienne et Sylviane ont vraiment toutes les raisons d'apprécier. "En nous déplaçant dans le jardin, en faisant quelques mètres seulement, nous pouvons passer d'un jardin mexicain décoré de cactées aux formes variées pour nous plonger au cœur d'une forêt de bambous chinoise. C'est incroyable."
Pour Pierre Bergé, l'un des sauveurs du site: "Les jardins, c'est la vie." Il ajoutait récemment dans une interview au Figaro. "Voilà Majorelle, mon jardin à Marrakech. Il était à l'abandon, nous l'avons sauvé, restauré et ouvert au public: il accueille désormais 300'000 visiteurs par an."
Le Jardin Majorelle est désormais la propriété de The Majorelle Trust. Cette société anglaise qui a acquis de même l'atelier et le Musée d'art islamique a fondé l'Association pour la sauvegarde et le rayonnement du Jardin Majorelle présidée par Pierre Bergé. Cette association se donne pour objectifs d'assurer la sauvegarde du jardin et du musée et de favoriser la connaissance de l'art paysager en soutenant toute initiative propre à développer une culture de l'art du jardin. Une sacrée mission.
texte extrait du site: "NomadeNews, ...le magazine internaute du voyage et de l'information..."
Pour information consultez le site:
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