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Carnet de voyage
Afrique 2007, 2ème partie
Mali

From: Pascal MANNAERTS
Sent: Saturday, February 10, 2007 7:37 PM
Subject: Bamako Bamako

Bamako... un nom lointain qui résonne dans la tête, l'évocation d'une Afrique si lointaine, et pourtant si proche à la fois. Voilà, j'y suis. L'imaginaire tourne en réalité.
Comme toute capitale digne de son titre, Bamako est bruyante, polluée, suranimée et en pleine explosion. Ici, on parle principalement le bambara, la langue de cette ethnie majoritaire qui porte le même nom. Je suis tombé à l'auberge Lafia, un super chouette endroit, à recommander à quiconque passerait par ici. En plein centre de Bamako, on trouve un troupeau de chèvres sur le toit de la maison d'à côté et qui jouxte la façade de l'auberge, de sorte qu'elles se retrouvent juste devant ma fenêtre. Le soir, elles restent plantées à beugler devant ma fenêtre, tant que je n'ai pas éteint la lumière... Le matin, le quartier se réveille avec les enfants du quartier qui chantent en se lavant dans les cours des maisons, avant de partir à l'école.
Le proprio de l'hôtel Lafia, Bocoum, est vraiment chic. Il est au courant de plein de trucs qui se passent ici, et dans le reste du continent. On peut passer des heures à discuter avec lui, sans même voir le temps passer. De manière générale, les Africains sont très bien informés de ce qui se passe sur leur continent. Les journaux parlés de l'ORTM passent l'actualité des pays africains en revue, restant tout de même assez braqués sur l'Afrique.
Il y a sans doute déjà tellement à en dire. Peu ou pas de news d'Europe ou d'ailleurs sur la chaîne nationale. Ils sont aussi bien au courant de ce qui se passe chez nous, les sujets de prédilection restant souvent les mêmes: l'émigration en Europe, l'asile, les rapatriements forcés, le CPAS, le Vlaams belang même, etc... Quand je dis que je viens de Belgique, ils ont presque toujours un oncle ou un cousin planté là-bas... Vrai? Ou est-ce une manière de nouer le contact?
Aussi, toujours cette même idéalisation de cette pourtant si crue réalité: l'émigration vers le Nord. Y a rien à leur dire de toute façon. Ils sont complètement éblouis par les rumeurs, les baratins locaux ou les nouvelles de l'ami du cousin de l'oncle qui y aurait apparemment réussi, mais qu'on a jamais, ou très rarement, revu au pays par la suite pour en connaître plus de détails. Ils veulent que je les connecte avec des copines européennes, même s'ils sont souvent déjà sur l'une ou l'autre piste, qui se limitera sans doute, pour la plupart du temps, à un chat rêveur sur Internet... Vivre d'espoir. Mais rien de bien spécifique à cette partie du monde, finalement.
A Bamako, le trafic est tellement dingue et les rues si semblables qu'on se perd facilement, dans le centre ville du moins. Faut encore faire attention de ne pas se faire renverser par un bus, une moto, une charrette ou une voiture, qui roulent n'importe comment, et klaxonnent dans tous les sens.
Le marché central de Bamako est hallucinant. Ils l'appellent "le marché rose", du fait de la couleur, initiale, du bâtiment qui abritait le marché à ses débuts. Aujourd'hui, les vendeurs débordent à la rue, dans tout le quartier.
On sait à peine y bouger. Et quelle ambiance! En s'y promenant, on ne sait même plus où poser le regard. Chaque coup d'oeil vaut le détour. Les coiffeurs et barbiers installés dans de petites échoppes sombres de peut-être deux mètres carrés, les artisans sculpteurs d'art africain qui font naître, depuis d'immenses troncs d'arbres laissés sur les trottoirs, toutes ces figures d'art africain typiques de telles et telles ethnies, les mamas assises en file sous leur parasols, parfois plus attentives à leur palabres qu'à leurs éventuels clients, les vêtements et batiks qui flottent au vent, les rideaux accrochés en série en plein air, et gris de poussières avant même d'avoir été achetés, les étalages infinis de produits de beauté pour ces dames, de légumes et de viandes séchées au soleil, des femmes qui allaitent leurs enfants aux vues de tout le monde en vendant leurs tissus, des ferrailleurs à n'en plus finir. Incroyable. C'est aussi ce vieil homme aveugle, sa canne à la main, psalmodiant discrètement quelque chose et escorté d'un gamin qui lui tient le bras en mendiant aux passants, et ce petit gamin tout mignon qui te fait un signe de la main, sous le sourire approbateur de sa mère. Un vrai retour dans la profondeur des sources de l'homme, quelque part. C'est finalement dans ce genre d'endroits chaotiques, qu'on voit rejaillir, en condensé, toute la beauté de l'humanité.

Le soleil tape violemment ici à Bamako. Plus de 35 degrés sur l'heure de midi. Difficile de croire qu'on est pourtant en plein "hiver" dans cet hémisphère nord.
Le fleuve Niger s'étale dans toute sa splendeur au sud de la ville. On y trouve une longue promenade, semblant à l'abandon, tout au long. C'est aussi le quartier des banques et de ONUSIDA. Et l'endroit où de nombreuses femmes vont laver leur linge. De grandes et nombreuses affiches trônent un peu partout en ville, pour la prévention HIV. On ne peut en tout cas pas les louper, mais de là à savoir si elles sont réellement prises en considération...
Les habitants de Bamako sont vraiment agréables. Toujours prêts à t'aider si tu ne t'y retrouves pas, ou pour te tailler une petite causette. On se sent vraiment relax ici. Peut être que j'ai de la chance, mais vraiment aucun harcèlement pour ci ou ça, juste quelques pseudo rastas t'abordant en rue pour te vendre à fumer. Décidément, dans tous les pays, je les attire, alors que je ne fume même plus depuis bien longtemps.
Un couple de Japonais trop shanti dorment aussi à l'hôtel Lafia. Ils sont en Afrique pour y suivre des cours de musique et de danse. Ils sont pour un mois au Mali, et ont quitté la Guinée à cause des troubles récents qu'il y a eu à Conakry. Certains connaissent bien l'histoire, mais pour les autres ben, y a eu des grèves et manifestations d'étudiant qui ont fait apparemment maintenant plus d'une centaine de morts. La population réclame aussi le départ de Lansana Conté, qui ne se déboulonne pas. Tout Conakry était paralysée pendant des jours et, apparemment, certaines ambassades ont appelé leurs ressortissants à évacuer le pays. Dixit les Japonais...
Bocoum, le gérant de l'auberge, est évidemment au courant de tout ça, avec sa petite TV plantée devant son matelas à l'étage. Il suit aussi de près tout ce qui se passe actuellement en Mauritanie, lui qui est Peul et qui avait de la famille qui y vivait dans le sud.
Hier soir, après une petite bouffe dans la cour de l'hôtel, on a eu l'agréable surprise de voir débarquer monsieur Keita. Un tout vieux monsieur, plein de sagesse, tout calme, tout posé, un ami à Bocoum. Ce genre d'homme d'âge qui inspire immédiatement le respect, sans la moindre parole. Il a commencé à parler de sa vision de l'existence, de ses rêves d'antan, et de sa vie, tout simplement. Un vrai conte. On était complètement absorbés par ses paroles. Apaisant. Rassurant, le bonhomme. D'une subtilité et d'un humour délicieux. Il nous parlait, entre autres, d'immortalité. De son immortalité à lui, car il se considère comme impérissable, ayant toujours su se mouvoir et s'adapter aux aléas du temps. Ah vraiment, on aurait pu l'écouter toute la nuit, ce qu'on a d'ailleurs presque fait.
Je suis entré en contact avec un guide fiable pour le Pays Dogon. On se retrouvera +- le 18 à Sévaré. J'ai enfin réussi à le joindre et, heureusement, car ce réseau de guides est une véritable mafia. Une fille me l'avait recommandé sur Internet. Donc tout s'arrange.
Sinon demain, je pars sans doute sur Ségou. Je resterai de toute manière plus longtemps à Bamako au retour, puisque j'y repasse de toute manière avant de filer en Mauritanie.

From: Pascal MANNAERTS
Sent: Saturday, February 17, 2007 2:20 PM
Subject: news news de Mopti

Allo allo, bien arrivé à Mopti sous un soleil de plomb. Internet à trois euros de l'heure, ils exagèrent, donc j'écrirai un trèèès long message depuis Bamako, tout en une fois, où je fais 4 heures pour le prix de une heure ici.
Tout okok, juste que je n'ai pas assez de liquide pour me lancer direct dans le trek au Pays Dogon, j'avais mal calculé le coup car on est samedi, mais pas grave, j'attends donc lundi pour l'ouverture des banques puis, soit si je peux, je pars direct, ou alors je pars mardi. Le trek dure 3 jours, puis je reviens sur Mopti et descendrai sur Bamako.
Tout est super, super rencontres, super pays, super photos et supers souvenirs qui ont déjà bourré totalement mon sac à tel point que je vais devoir liquider des vêtements ou acheter un deuxième, je vais voyager à l'africaine, ils ont aussi plein de sacs ici de toute manière, et les prix sont tellement bas en négociant bien. Des trucs à 100 euros chez nous, tu les as à 6 euros!
Allé gros bisous, personne sur le chat, tant pis. Je reviens peut être pas demain sur Internet, donc vous n'aurez peut-être pas de news avant vendredi prochain, c'est peut-être long mais bon, no stress, le Pays Dogon est très touristique... même plein de gens de votre âge qui y vont! Voilà l'hôtel où je suis à Mopti:
"Hôtel Doux Rêves", phone 243-04-90, mail: dolusardy@afribone.net.ml

From: Pascal MANNAERTS
Sent: Monday, February 26, 2007 6:26 PM
Subject: News News du Mali

Après quelques jours à Bamako, je remonte vers Ségou. Ségou est la capitale de l'ancien empire bambara. Une ville de 100 000 habitants. Calme, aérée, reposante. On se noie dans les couleurs ocre et rouge de ses maisons de banco, et dans la majesté du fleuve Niger qui la longe. On compte seulement deux routes goudronnées pour toute la ville. Le reste n'est que terre battue, rouge, de cette couleur rouge de terre d'Afrique. On trouve aussi quelques restes de l'architecture coloniale des Français, recyclés aujourd'hui en bâtiments administratifs, même s'ils ont plutôt l'air d'être laissés à l'abandon. Une température de 35 degrés à midi, un soleil brûlant, une odeur de feu de bois omniprésente et des musiques sortant de ça et là, en ville, évoquant parfois un succulent goût de petite ville indienne.
Le lundi, c'est le grand marché hebdomadaire de Ségou. Sur les rives du Niger, les habitants et commerçants de toute la région et de toutes les ethnies débarquent pour y faire leurs emplettes.
Le soleil se lève sur le fleuve, et les pirogues commencent déjà à affluer. Elles sont pleines à craquer, d'hommes, de caisses, de gros sacs de jute, de chèvres. Un bac amène un troupeau de chevaux à travers les eaux. Un autre, les vaches. Le tout s'organise. En quelques dizaines de minutes, alors que les rives du Niger étaient désertées, la veille, sous ce soleil torride, les mamas ont planté leurs affaires sous des toiles en plastique et s'installent, dans la joie et l'allégresse du petit matin. Ah vraiment, la bonne humeur est au rendez-vous. Il doit être 10 heures, et les poissons grouillent de partout, prêts à la vente. On en trouve a perte de vue, et de toutes les sortes. Une odeur de port de pêche envahit les lieux. On trouve aussi des vendeurs de médecine traditionnelle. Ils proposent tout un assortiment de sachets différents, savamment concoctés et dosés pour solutionner tous les maux possibles et imaginables. Une femme se fait transpercer la joue d'une aiguille (stérile, je n'en sais rien), après avoir ingurgité trois boulettes de plantes vertes. La pauvre a mal aux dents.
Voilà le dentiste local. L'échange avec les gens dans le marché est vraiment terrible. Evidemment, être le seul blanc planté dans la foule pendant presque toute la journée, ça crée des contacts facilement, puisqu'on ne peut passer inaperçu. Madame Fatoumata m'invite à m'asseoir à ses côtés pour goûter à son poisson grillé. Il est bourré d'arrêtes mais je me force à le manger jusqu'au bout pour lui faire honneur. Elle est soninké. Elle vient chaque semaine vendre du poisson au marché de Ségou. La bonne mama africaine irrésistiblement attachante. Elle est là avec sa fille et son petit fils.
La plupart des vendeurs sont des vendeuses. Souvent, on trouve un homme pour trois ou quatre femmes aux étals, et qui se repose ou dort carrément à l'arrière sous un parasol. Ou qui, d'un œil, supervise parfois les affaires.
En tout cas, dans le négoce, ce sont les femmes qui mènent la danse. Elles débordent d'enthousiasme et de gaieté, un peu à l'image de leurs robes aux couleurs du soleil. Super intéressant de se retrouver dans cette foule. On y trouve des Bambaras, des Peuls, des Soninkés, des Bosos, chacun avec leurs visages et leur langue différente, même s'ils parlent tous bambara et certains même un peu le français. Plusieurs fois, des gamins viennent me trouver en m'appelant par mon prénom. Je ne comprends pas de suite car je ne les ai jamais vus. Mais ici, après s'être présenté à quelques personnes, tout finit par se savoir assez rapidement.
C'est l'heure du muezzin, et les rives du Niger se font lieux de prières. Un endroit pour les hommes, un autre pour les femmes qui, tour à tour, se relayent pour accomplir leur devoir. Ils s'agenouillent le long du fleuve, dans un calme de parfait contraste avec l'agitation du marché pourtant tout voisin. Vers 15 heures, une foule se presse près de l'embarcadère. Tout le monde court, comme s'il venait de se passer quelque chose. Un troupeau de taureaux accoste, voyageant en bac depuis la rive d'en face. Les commerçants écartent la foule. Un à un, les taureaux mettent le pied sur la terre ferme, mais l'un d'eux se plante et se retrouve coincé dans l'eau, entre la carcasse du bac et la passerelle. Il gémit à la mort et essaie en vain de se dégager. Sa tête remonte à la surface. Bah, c'est affreux à voir. Ils s'y mettent à 5 et parviennent à le dégager. Il est laissé sur la rive. A l'agonie.
Le marché se tient encore jusqu'au coucher du soleil. Vers 18 heures, les pirogues se remplissent à nouveau, les rives se vident et les vendeurs retournent de l'autre côté du fleuve, ou par la route, plus à l'intérieur des terres.
J'ai aussi rencontré un couple de Français près de l'auberge. Ils voyagent sac à dos avec leur enfant adoptif de 2 ans et demi. Il est vietnamien d'origine. Dans le marché, c'était splendide. Toutes les femmes étaient fascinées par ce petit bonhomme aux traits asiatiques, toutes en affaires de le voir, voulant le toucher, l'embrasser, et embrasser sa maman.
Ils trottent sac à dos pendant un mois au Mali. Comme quoi, le fait d'avoir des gosses n'empêche pas de faire de tels voyages! Quand on veut...
Mardi, à l'aube, on embarque dans un bus rouillé et plein à craquer. Direction: Djenné. Djenné est incontestablement la plus belle ville du Mali. Connue de par le monde, son imposante mosquée de terre est classée par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité. Djenné a l'allure d'un grand village. On y circule a pieds, en mobylette ou en charrette tirée par un âne. Seuls quelques bâchés sont admis sur la place principale, pour ceux qui arrivent ou quittent la ville.
Toutes les maisons, à Djenné, sont en banco. Les fondations sont de briques et de ciment, et les façades sont ensuite recouvertes d'un mixture de terre séchée, si typique de la ville. Chaque année, après la saison des pluies, la plupart des habitants est amenée à rafistoler leurs maisons, endommagées par les eaux. Fondée au 9ème siècle, Djenné recevait de l'ivoire, de l'or des esclaves, de la laine et des noix de cola, venues du sud, et les acheminait vers Tombouctou, sa soeur jumelle en pays touareg. D'abord boso, la ville devint bambara, puis sonraï et peule. Les deux ethnies qui s'y retrouvent majoritairement aujourd'hui et cohabitent paisiblement.
A Djenné, le banco des maisons change de couleur au fil de heures, passant du rose à l'ocre terne, selon la lumière du soleil. Ici, on vit au rythme de l'astre. Pas d'électricité dans les rues... une fois 19 heures, la ville se retrouve plongée dans le noir le plus total et les rues sont quasiment désertes. C'est alors que les cours intérieures des maisons s'illuminent et commencent à s'animer, jusque vers 22 heures. Après, c'est le calme plat. Le chant des criquets envahit les lieux, la température baisse et une douce odeur de désert naissant dans l'air donne cette délicieuse touche finale au tableau. A 6h30, le soleil pointe à l'horizon et les rues commencent à se peupler. Les enfants se rendent à l'école à 8 heures. Certains ont cours le matin, d'autres l'après-midi, mais jamais toute la journée. Chaleur oblige.
Vers 11h30, le thermomètre doit grimper vers les 35 et la ville s'endort à nouveau, jusque vers 14 heures. La chaleur est assommante et le soleil éblouissant. C'est le temps de la sieste ou le moment de flâner à discuter sous l'arbre à palabres planté dans la cour de la maison. Les femmes pendent le linge au soleil, les hommes causent ou s'endorment, et les gamins jouent assis sous les arbres, ou donnent à manger aux chèvres que certains possèdent dans l'enceinte même de leur habitation. C'est aussi l'heure à laquelle les femmes pilent le mil, et le moment où les enfants se font laver par leur maman, à grands renforts d'eau, dans la cour de la maison.
Le Bani, un affluent du fleuve Niger, coule timidement au sud de la ville. C'est l'endroit des plantations de mil, de carottes, l'endroit ou les femmes lavent le linge de la famille et où les enfants jouent au foot en fin d'après-midi. Aussi, à Djenné, pas d'endroits clairement définis pour les ordures, tout est planqué derrière les maisons, en plein air.
Les habitants de Djenné sont encore plus paisibles qu'à Ségou. J'avais entendu que des hordes de pseudo-guides ou de rabatteurs se baladent dans le centre ville, mais franchement, il n'en est rien. On est vraiment tranquille.
En Afrique, encore plus que nulle part ailleurs, ce qui, entre autres, frappe, est le nombre d'enfants présents dans les rues des villages. Aussi, peut être, le nombre d'enfants, tout simplement. Toujours les premiers à venir te saluer, ils sont tout fiers de venir te serrer la main à toi, la "créature blanche" qui attise leur curiosité. Sachant parfois à peine marcher, ils viennent te donner la main et rigolent en regardant leurs copains, comme tout émerveillés. Certains demandent évidemment le kit classique des stylos et des bonbons, et mon stock est déjà presque épuisé!
Heureusement que j'en avais pris en suffisance. Vu que Djenné n'est pas grande, une bande de quatre gamins me retrouve toujours dès que je sors de l'auberge. Moussa, Amadou, Hamidou et Bahasse, le petit Boso. Ils me montrent leur maison, me présentent à leur mère et m'accompagnent, dès le premier jour, sur la rive du Bani. Au loin, dans un nuage de poussières, un groupe d'enfants joue au foot. Moussa, le plus âgé, et qui parle français, me demande un ballon. Il m'explique que leur groupe n'en a pas, et que ceux qui jouent là-bas ne veulent jamais leur prêter le leur.
Bref, je m'arrange avec le gérant de l'auberge pour savoir où trouver un ballon de foot. Le lendemain, on part ensemble de l'autre côté de la ville, et nous voilà revenus avec l'objet tant convoité. Sur le chemin du retour, on se retrouve escortés par une vingtaine de gamins. Ils deviennent fous à la vue de ce simple ballon, et impossible de le planquer dans mon sac car trop grand. J'avais promis à Moussa, le meneur de la bande des quatre, que je le lui donnerais à lui, mais pour ne pas créer d'émeutes, on est forcé de contourner sa maison et de se planquer à l'auberge. Une heure après, je ressors, pensant que les gamins ont disparu. Mais non... une dizaine attendent encore ce ballon! Cette fois, plus le choix, je file chez le petit Moussa, qui habite à deux blocs de l'auberge Tapama. C'est la maman qui m'accueille, occupée à la vaisselle dans la cour de la maison. Moussa débarque d'une des pièces dans la seconde. Et quelle joie! La cour de la maison se retrouve, en quelques secondes, pleine à craquer, tous les enfants du quartier ont été alertés et débordent jusqu'à la rue. Et quelle reconnaissance... pour un simple ballon. Eh oui, pour une si petite chose. Merde alors.
En fin d'après midi, je retourne sur les rives du Bani. Ils sont en plein match. Bahasse va chercher leur bande de copains, plus âgés, et on se fait un match de la mort jusqu'au coucher du soleil. Ambiance terrible, ah vraiment, même si, entre nous, je suis archi nul et je devais être plus une tare pour l'équipe qu'autre chose. Notre équipe a quand même gagné! Sous cette chaleur en plus, c'était à peine tenable. On allait se tremper dans la rivière toutes les demi-heures.
Lassine, le gérant de l'auberge où je dors, est aussi de la partie. Il a 25 ans, est Peul, et tient l'hôtel qui appartient à sa tante. Dans quelques mois, il quittera Djenné pour suivre des cours d'hôtellerie... en Belgique. Il pensait initialement le faire à Casablanca, mais a trouvé une piste, par un ami, pour suivre sa formation en Europe. Toute sa famille compte sur lui. Ils ont économisé pendant près de deux ans pour lui permettre de partir étudier. Il pense quitter Djenné début septembre.
Aussi, petite chose que j'ai appris par un jeune servant du café en rue et que je me suis ensuite fait plusieurs fois confirmer, c'est qu'il y a récemment eu des troubles à Djenné, et pas des moindres... En septembre 2006, un groupe de représentants de l'UNESCO s'est rendu à Djenné, pour effectuer des constats sur cette fameuse mosquée de terre. Apparemment, l'un d'eux a enlevé et emporté un morceau du toit de la mosquée, dans un but ignoré. Scandale donc, car avant de faire partie du patrimoine mondial de l'humanité, la mosquée est, évidemment, pour les habitants de Djenné, un lieu de prière. Leur lieu de prière. Résultat: toute la ville s'est embrasée et, non uniquement des habitants de Djenné mais ceux de tous les villages alentours, se sont révoltés. Manifestations violentes en ville. Bilan: 40 personnes arrêtées et détenues jusqu'en décembre, et deux morts. L'un d'eux serait décédé suite aux mauvais traitements qu'il aurait subis en prison à Mopti. L'autre se serait cassé un bras dans la bagarre et aurait sauté dans le fleuve pour échapper aux policiers. Ne sachant pas nager à cause de son bras cassé, il se serait noyé. Aujourd'hui, c'est calme, mais les habitants en veulent terriblement aux autorités, à l'imam de la mosquée et au chef du village. L'affaire aurait fait éclater des scandales de corruption et de richesses cachées des deux derniers cités. La suite? On en sait rien. Chaque année, le crépissage de la grande mosquée a lieu en avril. Tous les habitants de la ville y prennent part mais cette année, ils comptent tout annuler. Affaire à suivre... L'histoire n'avait en tout cas pas été fort ébruitée. Je n'en avais jamais entendu le moindre mot. Comme quoi, ici, on peut s'attendre à tout, et à n'importe quel moment.
Comme ce petit bonhomme tout discret, qui s'était assis dans la cour de la maison de la famille Diara. Mariam, la maman, m'annonce que son grand frère est mort deux jours auparavant. Il était parti en charrette avec un copain, pour chercher des matériaux de récup dans une maison abandonnée en dehors de la ville. Pour se faire un peu de thune. Le toit de la maison s'est écroulé sur lui. Elle me dit, sereinement, que c'est Dieu qui en voulait ainsi. Si ça peut les apaiser...
Djenné, c'était aussi cette fabuleuse rencontre avec la famille Diara. Adama et Mariam ont 4 enfants. Leur aîné, c'est Moussa, le meneur des troupes qui m'avait demandé le ballon de foot. Ils ont encore deux petites filles et un petit garçon adopté, Baba. Sa mère est morte et son père l'a abandonné.
Selon la coutume, dans le cas contraire, lorsque c'est le père qui décède, c'est l'un des frères du père défunt qui "épouse" la veuve, de sorte qu'il la prend elle et ses enfants en charge. Je demandais à Lassine quid, si le père a plusieurs femmes, car ils en ont parfois 2 ou 3 ici au Mali, selon leur niveau de richesses. Le frère n'épouse que les veuves ayant des enfants. Le but étant d'assurer leur éducation. Pour Baba, la mère est décédée et le père a abandonné le petit, je n'en ai pas demandé plus car ils ne m'en parlaient pas d'eux-mêmes. Une autre femme vit avec eux, avec ses deux filles, dans une autre pièce donnant dans la cour de la maison. Elle est ivoirienne d'origine et vit ici depuis 5 ans. Elle est mariée à un Malien, qu'elle a rencontré à Abidjan car il y était "en affaires".
La maman Diara vend des poissons grillés devant sa porte, à la nuit tombante. Le père est chasseur. Il fait aussi des petits boulots dans la mécanique pour essayer de joindre les deux bouts. L'école au Mali est payante. L'école coranique, par contre, est gratuite.
La maman de Moussa était tellement contente pour le ballon de foot de son fils qu'elle m'a agrippé par le bras, sans plus me lâcher, pour que je reste passer la soirée avec eux. C'était vraiment génial. On s'est retrouvés dans une petite pièce, tous assis à terre, à manger un énorme plat de pâte de mil avec un peu de poisson. Tous dans le même plat. Tous avec les doigts. A l'indienne. Claudia, l'Ivoirienne, qui parle parfaitement le français, servait d'interprète. A chaque fois que je repassais dans leur rue, j'allais saluer la maman dans sa maison. C'est marrant comment cette histoire de ballon de foot a fait le tour de Djenné. J'étais fiché, de sorte que tous les gamins, à partir du lendemain, me demandaient "toubab, moi aussi un ballon".
Djenné, c'était aussi les longues soirées passées dans la cour de l'auberge Tapama, à discuter avec Lassine, son cousin Yaya et Ali, un cinéaste d'origine marocaine et vivant en Hollande, tournant actuellement un documentaire au Mali. Ah vraiment, ça faisait longtemps que j'avais plus autant flashé sur un endroit sur Terre. Mais là, vraiment, Djenné, j'y reviendrai!

Samedi, je quitte Djenné à l'aube. La grande mosquée se noie dans les tons orangers du soleil qui la caresse, et le marché s'anime. Le taxi-brousse censé me mener à Mopti est plein à craquer. Je suis assis à l'avant, à partager le siège avec un énorme papa, aussi grand que large. Je suis plié en deux, obligé de voyager quasiment la tête dehors pour économiser quelques précieux centimètres. On traverse le fleuve en bac, et nous voilà replongés dans ces immenses étendues arides, suppliciées par le soleil et le manque d'eau. Les maisons des villages sont en terre, surélevées sur de gros troncs d'arbres, pour parer aux inondations en saison des pluies.
Pccccht.... On crève le pneu avant. On se retrouve en pleine brousse, et au milieu de nulle part, une dizaine de gosses surgissent depuis derrière les fourrés. Vu que je suis le seul non Malien on board, c'est évidemment moi qu'ils dévisagent. Ils me regardent droit dans les yeux, sans bouger. C'est vraiment marrant. Et quel silence! Je leur fais bonjour, ils me répondent timidement. Je leur souris, ils ne répondent pas. Je tends la main à l'un d'eux, il recule. J'ai l'impression de l'avoir effrayé. Je leur refais encore un grand sourire, je leur tends la main, et le petit l'agrippe. Et là, j'ai pu serrer la main à toute la bande, le mur était cassé. Où suis-je? Bien loin en tout cas...
On arrive à Mopti sur le coup de midi et je tombe dans une auberge en plein dans la vieille ville. Mopti est la deuxième grande ville du Mali. Elle est construite sur trois grandes îles, reliées par des digues. Centre commercial important pour tout le pays, elle est un véritable carrefour ethnique: on y croise des pêcheurs bosos, des pasteurs peuls, des Dogons, Bambaras et des Toucouleurs. C'est à Mopti que se rejoignent les eaux du Bani et du Niger.
Près de l'auberge, je suis tombé dans l'association des femmes célibataires de Mopti. Ils y servent des repas, dont les bénéfices profitent naturellement à la communauté. L'association, créée par une Malienne il y a cinq ans, regroupe une cinquantaine de jeunes filles soit orphelines, soit avec enfants mais aux maris "disparus". Ils les hébergent, leur offrent le toit, essaient de les insérer socialement et de leur trouver un emploi. Ils s'occupent aussi de l'éducation de leurs enfants. C'est Aminata qui m'accueille et qui m'explique comment ça se passe. Ses deux parents sont décédés, et elle s'est retrouvée aidée par l'association. Elle en est aujourd'hui devenue la vice présidente. On parle, au coucher de soleil, sur le toit de la maison, et quelques autres filles viennent se joindre à nous.
Pendant ce temps, d'un côté, des gens chantent et dansent en rue, apparemment pour une naissance dans la famille voisine. De l'autre, depuis la cour intérieure, on entend les enfants réciter en chœur leurs leçons en bambara. Au loin, dans la poussière, des jeunes jouent au foot tandis qu'un homme transforme le tas d'ordure des derniers jours en un immense feu de joie. J'ai subitement des souvenirs qui me reviennent, de l'époque où je bossais à Calcutta.
Les filles m'amènent dans le couloir de la salle des classes. "Mariam a frappé son enfant, elle est dans sa chambre", lance le professeur. Les enfants répètent tous en chœur. Je m'approche discrètement. La salle de classe est peinte en rose bonbon. Le prof est assis sur une estrade, tout imposant dans son boubou mauve éclatant, les enfants sont groupés en cercle face à lui. Le prof interpelle une jeune fille portant un voile noir, lui demandant de répéter la phrase en français. Elle se plante, et toute la classe éclate de rire. Le prof avec. Ah, si les écoles européennes avaient pu être aussi cools, tiens! Une des petites m'aperçoit et donne l'alerte.
Le prof me fait signe de m'asseoir. Après quelques minutes, c'est à moi de me présenter auprès de ces petites demoiselles. C'est génial. Elles exercent leur français, parfois encore un peu maladroit, en me demandant ce que je fais ici, si je suis marié, si j'aime le Mali, et si je veux être leur second professeur. Le prof est ravi, autant que moi d'ailleurs. Et ça continue. Les jeunes mamans nous rejoignent avec leurs garçons, car garçons et filles n'ont pas cours en même temps. La salle de classe est pleine à craquer. On reste encore une bonne heure en classe, puis je retourne sur le toit pour un thé avec le prof et les filles responsables de l'association.
Super intéressant comme rencontre. Et génial de pouvoir partager ce petit bout d'intimité avec toutes ces jeunes filles. Ce genre de rencontres qui met du baume au cœur, et dont les souvenirs restent parmi les plus impérissables.
Rien à voir, mais ils ont des expressions hyper marrantes ici. Du genre, quand on va faire des courses, au Mali, on a "charger la popotte". Quand on négocie le prix d'une statuette bambara dans un marché bondé, pour nous dire qu'elle n'est pas une vulgaire imitation mais qu'elle a du vécu, et donc pour faire monter son prix, ils disent qu'elle "a dansé". Prendre une photo, c'est "faire une pose". "Assumer les condiments" signifie: subvenir aux besoins de la famille. "Pisser", c'est acheter les représentants des autorités avec de l'argent. Et y en a encore plein d'autres. Du genre: il a plaqué sa femme = "il a pris le car".
Mopti, c'est aussi un immense port, planté au confluent du Bani et du Niger. Des pirogues et des pinasses pleines à craquer, chargées de toutes sortes et à perte de vue, des échoppes de tôles ondulées ou faites de bâches en plastique où l'ont vend le poisson tout juste débarqué à terre. Censés pourtant avoir été achevés à coups de machette, ils agonisent encore parfois, pour l'un ou l'autre, par quelques soubresauts, dans l'indifférence générale de leurs compagnons de sort qui sont déjà morts depuis longtemps sur le même étal. Le marché du port, plus que nulle part ailleurs, grouille naturellement de vie, d'odeurs, de couleurs. Ce sont presque toujours les femmes qui vendent. Un vrai délice au réveil, avec les premiers rayons de soleil, lorsque le tout se met en branle et que l'atmosphère est encore calme. Les feux naissent ça et là, au bord de l'eau, pour préparer la popote du matin, ce jeune au visage tout bouffi s'étire en sortant de la pinasse qui lui sert de gîte et cet autre, accroupi, se brosse les dents au milieu des détritus de toutes sortes qui longent la rive du Bani, en regardant dans le vide. Pensif. Ou peut être simplement absent. Un homme est accroupi au pied d'un arbre, une main tendue et le visage caché dans l'autre. Immuable, il reste là, au bord de cette route au trafic chaotique, recevant, de temps en temps, cette maigre petite pièce de la part des passants. Un peu plus loin, un jeune vend de l'essence sur un chariot, dans de grandes bouteilles en verre, faisant plutôt penser de la grenadine avec leurs couleurs rouge et vert fluos. Son échoppe s'appelle "le gasoil de l'amitié". Il doit être 7 heures, et des dizaines d'hommes en boubou, le calot sur la tête, se rendent à la mosquée, un chapelet à la main. Le tout dans une odeur presque écoeurante de poisson séché, que vient de temps en temps absoudre un vendeur ambulant de savons ou de parfums.

Peu de rues sont goudronnées à Mopti. La plupart ne sont que terre battue. Toujours de cette même couleur rouge qui pourrait faire penser à de la brique pilée. La poussière ambiante est telle que n'importe quel objet, n'importe quel véhicule, façade de maison, ou même n'importe quel passant, se retrouve couvert de cette bénédiction rougeâtre, après un passage plus ou moins long en ville.
Mopti, c'est aussi l'endroit pour essayer de se trouver, dans la mafia des vrais et des pseudos, un guide correct pour se rendre en Pays Dogon. Beaucoup de jeunes se proposent comme guide pour les étrangers. Un moyen plutôt facile de se faire de l'argent, dans ce pays où 50 % des jeunes, qualifiés ou non, se retrouvent sans emploi véritable. Les jeunes diplômés de hautes écoles se convertissent alors en chauffeur de taxi, en vendeur des rues ou en guide, justement, pour les plus chanceux sans doute. Comme ce garçon à Ségou qui, après quatre années d'études en économie, se retrouvait à tenir le buibui de sa tante, à défaut d'autre chose. Avant, les jeunes partaient tenter leur chance en Côte d'Ivoire, un eldorado pas trop lointain et du moins facilement accessible. Mais vu la situation actuelle là-bas, la plupart sont maintenant forcés de rester au pays. Ou de tenter le grand saut vers l'Europe, pour ceux qui en ont les moyens. On me confirme toujours que le budget pour s'y rendre, de manière clandestine du moins, par la terre, oscille entre 4000 et 8000 euros (...)
Je me retrouve dans une agence dans le quartier du port. On me l'a recommandée à l'auberge de Mopti. Assou a bonne réputation. C'est déjà ça, car partir à l'aventure en Pays Dogon avec quelqu'un, trouvé en rue, qui n'y connaîtrait rien ou pire, qui serait mal intentionné (car oui, il y en a aussi!) peut amener les pires emmerdes. La liste est trop longue. Après quelques heures de discussions autour d'un thé délicieusement amer (ici, on ne sucre pas), le tour est joué. Je peux partir, dès lundi, avec Idrissa, une de ses nouvelles recrues. Il a 21 ans et est originaire de Bankass. Au coucher de soleil, on mange ensemble un énorme capitaine grillé dans un buibui du port, histoire de faire connaissance avant le grand départ.
Lundi, 5 a.m... un vent froid souffle sur Mopti. C'est l'harmattan qui finit sa saison. La ville dort encore, seuls les chiens et les chèvres offrent le concert, comme s'ils communiquaient d'un bloc à l'autre du quartier. C'est parti pour ce beau voyage en Pays Dogon.
Quelques jours entièrement coupés du monde, car là-bas, ni courant, ni réseau de téléphone portable, ni eau potable. Ce genre de séjour où l'on se retrouve, quelque part, comme remis à neuf. Et remis à sa place. On se plante à la gare des taxi-brousses vers 5 heures. Pas de transport direct. On doit changer de véhicule à Sévaré, puis à Bandiagara, avant d'espérer atteindre Sangha au plus vite, en haut de la falaise. Comme d'habitude, c'est la chance qui jouera, selon l'arrivée aléatoire des passagers désirant se rendre aux mêmes endroits que nous. On arrive finalement à Sangha vers 16 heures... pour avoir parcouru 110 kilomètres.
Entre Sévaré et Bandiagara, en pleine brousse, on croise un groupe d'adolescents chantant au bord de la route, en agitant des fruits de Baobab. Ils portent un boubou bleu et un calot blanc. Ce sont les nouvellement circoncis qui, dans le déroulement du rite, manifestent leur joie au monde extérieur, après la première phase de cicatrisation. Ici, la circoncision, obligatoire bien sûr, se fait vers les 14 ans. Les jeunes sont envoyés en brousse, en groupe, chez un sage. Ils sont isolés du monde, même de leur famille, lors de l'opération, et trois semaines encore après celle-ci. Après l'opération, réalisée par un vieux sage en pleine brousse, ils logent dans des campements de paille. Ils sont soignés par des techniques de médecine traditionnelle et doivent manger énormément, pour guérir convenablement. S'ils ne mangent pas assez, on les frappe avec un bâton. Idrissa me parle de son vécu personnel.
Avec Idrissa, je tente prudemment de dévier sur l'excision des femmes et, à ma grande surprise, il en parle sans aucun tabou. Elle est aujourd'hui officiellement interdite au Mali, mais on continue à la pratiquer en toute impunité dans la plupart des villages. 90% des femmes (...) y seraient encore actuellement excisées. Idrissa me parle de "ôter le sexe à la femme".
L'excision n'est donc bel et bien pas considérée comme un "remaniement", comme pourrait l'être la circoncision, mais bien comme une privation faite à la femme de sa féminité. Quel est son but? Idrissa me dit que, sans ça, une femme a trop d'appétit, est tout le temps en demande, et en vient à fatiguer l'homme (...). J'avais plus souvent entendu que c'était pour, égoïstement, supprimer tout plaisir sexuel à la femme et pour en faire uniquement des machines à procréer. Il me dit que "certains, sous pression des Blancs, ont considéré que la femme devait garder son sexe". J'ai envie de dire que c'est la moindre des choses, mais je m'abstiens, les passagers du taxi-brousse comprennent le français et, ne sachant pas comment ils pensent, je n'ai pas envie de créer la polémique en cette brousse paisible, et surtout lointaine.
Aussi, je n'ai pas non plus l'impression que Idrissa, jeune de 21 ans et pourtant bien branché aux tendances européennes, soit convaincu de l'inutilité et surtout, de l'inhumanité de telles pratiques.
Le soleil se couche. On arrive à Sangha, en haut de la falaise. Nous y voilà enfin, dans ce Pays Dogon! J'avais tellement entendu parler de ces lieux, j'en avais tellement vu de photos, c'est trop excitant de s'y trouver, là, pour de vrai! Un peu comme un conte qu'on a souvent entendu, et qui prend soudainement vie, dans sa propre réalité.
Le Pays Dogon s'étend sur un plateau doucement incliné du sud-est vers le nord-ouest, vers la plaine du Niger et les confins du Burkina Faso. La partie élevée de cette inclinaison forme une falaise de 80 kilomètres de long, et haute de parfois 200 mètres. Face à la falaise, un cordon continu de dunes, formées par les sables du Sahara qui progresse chaque année. Les Dogons y ont planté des arbres, pour essayer de prévenir l'avancement du désert, demeurant plus fort qu'eux malgré tout. Les villages dogons sont accrochés tout au long de la falaise. Tout est en pente, construit sur des rocailles irrégulières. La vallée était initialement peuplée par les Thélèmes, des tribus de Pygmées, petits de taille et troglodytes. Ils habitaient dans la roche même, en hauteur, accédant à leurs habitations par des cordes ou via d'immenses échelles. Aujourd'hui, on voit encore parfaitement toutes ces enclaves dans la paroi de la falaise. Les Dogons n'y habitent pas mais y enterrent leurs morts, hissés avec des cordes dans les anciennes habitations des Thélèmes.
Les Dogons se sont établis ici il y a +-400 ans, fuyant l'islamisation. Ayant défriché les forêts de la région, ils ont créé de rudes périodes de sécheresse, qui ont, elles, fait fuir les Thélèmes vers le nord.
Aujourd'hui, la vallée est 100% Dogon. Seuls quelques Peuls vivent en haut de la falaise, à Sangha et à Bandiagara. Mais comme me dit fièrement Idrissa, qui est Peul lui-même, les Peuls, nomades par excellence, sont partout en Afrique de l'ouest.
Depuis une cinquantaine d'années, l'Islam est cependant devenue la religion dominante chez les Dogons.
Les Dogons ne connaissent pas l'écriture: toute leur tradition se transmet oralement, après certains rites d'initiation. D'où, aussi, l'importance primordiale de la case à palabres, existant dans chaque village. Lieu où se retrouvent quotidiennement les hommes, et tout spécialement les sages, c'est le lieu de transmission de la tradition, le lieu des débats, et le "parlement local", on va dire.
Presque totalement isolés du monde, les Dogons ont conservé la plupart de leurs coutumes. Leur cosmogonie est l'une des plus riches et des plus élaborées d'Afrique noire. Chaque objet, chaque recoin de terrain, chaque maison, chaque être vivant, homme ou animal, fait partie d'une chaîne immuable du Grand Tout. Leurs croyances sont d'une complexité et d'une précision incroyables. Les interdits - telle famille est par exemple vouée à telle graine et à tel animal et ne doit donc pas les manger - sont nombreux, d'où l'obligation de partir avec un guide compétent, car le moindre faux pas serait, pour le visiteur, commettre un grave impair, envers les lieux sacrés entre autres.
Leur système de fonctionnement est élaboré jusque dans les moindres détails. Une tradition propre aux Dogons: chaque village possède sa caste de voleurs qui ira (notamment les femmes), voler dans un autre village. Un système qui permet de libérer l'agressivité et les mauvaises pulsions de façon organisée! A l'origine, ils y trouvent la commémoration de l'acte du forgeron, volant le feu au début du monde, pour le donner aux hommes. Aujourd'hui, on se contente de voler quelques chèvres ou poules égarées.
Chez les Dogons, certains objets ont une valeur très particulière: la typique échelle tortueuse, les énormes masques en croix, le grenier en forme de pyramide, qui est mâle ou femme selon les usages, les cases où s'isolent les femmes pendant leurs menstruations, etc...
Aussi, le pantalon à large fond, porté par les hommes, représente l'âge de son propriétaire: plus l'homme est vieux et respectable, plus son fond de culotte a de l'aisance. L'homme et la femme doivent aussi procréer sur le flanc, face à face, sous peine de perturber l'ordre du Grand Tout.
Les villages les plus anciens et les plus intéressants sont situés aux pieds des falaises, à partir de Sangha. Le premier jour, à la tombée de la nuit, on atteint Banani, le premier village en contrebas, à hauteur de Sangha. Ici bien sûr, pas d'électricité.
On loge dans un petit campement, éclairé de quelques lampes à huile et d'un seul néon fonctionnant à l'énergie solaire, fourni par une ONG japonaise. On est à peine arrivés qu'on commence à se sentir bizarres. Tous les deux, en plus! Un arrière goût acide du riz aux oignons du midi me revient dans la bouche. Ma gorge brûle. Je me sens lourd, je transpire. Le moment est très mal tombé, mais on ne choisit pas, de toute manière. Idrissa est aussi malade, donc cette bouffe du midi devait être vraiment crasseuse. Pas un simple caprice d'estomac de toubab inexpérimenté. En quelques minutes, c'est la gerbe. La tête penchée dans ce trou à mouches faisant office de toilette, dans la quasi obscurité. Le haut, et puis le bas et puis... les deux simultanément! Alors bonne chance pour satisfaire les deux en même temps! Hem...
Le vrai hic est que, n'étant jamais malade, j'ai laissé tous les médicaments à Mopti, pour alléger mon sac à dos déjà bourré de matériel photos, de noix de cola, de bics et de bonbons pour les gosses.
C'est parti pour une nuit agitée, faite d'aller-retour entre la cabane du campement faisant office de toilette et le matelas, sur le toit de la maison. J'espère juste que je ne vais pas devoir retourner à Sangha pour aller chercher des médocs. Ce genre de moments où une si petite chose, pourtant désespérément absente, telle qu'un bon verre de coca, une bonne douche, un bon lit ou un peu de fraîcheur, prend dans l'imaginaire une importance inestimable. Et non... rien de tout ça.
Au matin, après la catharsis intégrale de la nuit, c'est pas la grande forme. Bienvenue chez les Dogons, tout de même! On mange quelques beignets au miel, avec un verre de thé. Le gentil monsieur Dogon apporte à Idrissa un thé aux herbes rouges. On trotte à Banani et, par miracle - oh vraiment, je l'aurais bien épousée, tiens! - j'aperçois une blanche. Elle est allemande.
Je lui explique mon cas et elle me file gracieusement une sous marque d'Immodium et d'antibiotiques. Coup de chance: elle fait le chemin à l'envers et remonte vers Sangha, vers la civilisation. Les troubles dureront encore pendant tout le trip, mais étant au moins plus gérables que ceux de la première nuit!
Le soleil tape fort. En quittant Banani, on passe devant un parterre délimité par quelques cailloux. Au centre, des brindilles et des morceaux de bois, savamment disposés en damier. C'est là que se plante le voyant du village. Le sage s'y rend chaque jour en fin de journée et reçoit les villageois à problèmes. Problèmes d'argent, de santé, de couple, il serait de bon conseil dans tous les domaines. De manière très précise, en fonction des maux traités, il plante les morceaux de bois dans le quadrilatère, et les empreintes laissées pendant la nuit par les renards, autour de ces objets, donneront la solution adéquate.
J'ai aussi appris qu'en Afrique de l'ouest, on ne donne jamais, en même temps, son nom, prénom, et sa date de naissance. Idrissa m'explique qu'en ayant connaissance de tous ces éléments, on pourrait immédiatement faire du mal à la personne, par voie de sorcellerie. Peut être est ce pour ça que bon nombre de Mauritaniens et Guinéens, arrivant en Belgique, affirment ne pas connaître leur date de naissance, ou être toujours nés un 1er janvier ou un 31 décembre. Who knows...
On continue la trotte en brousse, le long de la falaise. Le prochain village: Irelli. On grimpe dans les hauteurs et Idrissa m'explique absolument tout. Il s'y connaît superbement bien. C'est terriblement intéressant car tout, absolument tout, a sa signification. On parvient au sommet du village, face à la case à palabres. Deux sages y discutent paisiblement. Je leur tends une poignée de noix de cola qu'on m'avait recommandé d'acheter en quantités à Mopti, pour offrir aux vénérables, en arrivant dans les villages dogons.
Aaah, ces fameuses noix de cola africaines! Si, en Guinée, elles auraient des vertus aphrodisiaques, elles sont ici davantage considérées comme ayant des pouvoirs énergétiques. C'est un peu la feuille de coca africaine. La noix de cola est quelque chose de très précieux, qui s'offre en dote en cas de mariage, ou aux sages, comme marque de respect. Elles ressemblent à des marrons, mais de couleur rose. Leur goût est amer et franchement, pas très ragoûtant.
Les Vieux nous invitent à nous asseoir avec eux. C'est un véritable honneur que de se retrouver dans la case à palabres du village. Idrissa me dit qu'ils ne le proposent en général pas aux étrangers. Les femmes en sont catégoriquement exclues. Et nous voilà sous ce lourd toit de pailles, posé sur l'ultime gros rocher du village, avec une hauteur à peine suffisante pour s'asseoir convenablement. On domine toute la vallée. Idrissa, qui parle un peu leur dialecte, permet de dialoguer. C'est vraiment super comme moment. Le vieux est tellement beau. Il est d'une force et d'une douceur à la fois... Vraiment impressionnant. Ses deux arrières petits fils nous rejoignent et se blottissent contre lui. Il a 79 ans.

On continue la marche. Encore 9 kilomètres à peine. Il est 15 heures et la chaleur, intenable sur l'heure de midi, commence à tomber. On passe au village de Amani, connu pour sa fameuse marre aux caïmans sacrés. Ils se baladent en toute liberté autour d'un étang, délimité par quelques branches de bois éparses et plantées dans le sol. Les crocodiles déambulent comme bon leur semble, censés être inoffensifs. Ils n'auraient jamais attaqué personne, sauf quelques troupeaux de chèvres, de sorte qu'ils circulent même parfois au centre du village, entre les maisons (...). On ne dort pas à Amani.
Encore 5 kilomètres à faire, mais c'est pas plus mal... un village sans crocos en liberté fera l'affaire!
On arrive à Tirelli à la tombée de la nuit, complètement épuisés. Idrissa connaît bien Ampomi, le patron du campement, qui a créé une association d'aide aux villages de la vallée. Il parle français. Super soirée à la belle étoile, autour d'un bon couscous et d'un énorme plat de pâte de mil, à la sauce de feuilles de baobab. On dort, une fois de plus, sur le toit de la maison en terre, car la chaleur retenue à l'intérieur des murs est insupportable.
Le vent nous réveille à 5 heures du matin. Idrissa retourne pieuter dans la case. Moi, je reste là, à voir le soleil se lever, depuis derrière les dunes de sable, une petite clope méditative à la main. Les femmes de tous les âges sont les premières à descendre. Elles portent des seaux d'eau sur la tête, parvenant à les faire tenir en équilibre par je ne sais trop quelle magie. Elles se rendent à l'unique puit que possède le village, au pied des dunes. Certaines font l'aller-retour plusieurs fois. Pas un homme dehors à cette heure. Lorsque je demande, feignant la naïveté, si, parfois, les hommes se prêtent à cette tâche pénible de remonter les prémisses de la falaise avec des seaux d'eau d'une quinzaine de kilos sur le crâne, on me répond que là n'est pas leur tâche dans le ménage. Eux vont travailler dans les champs...
Les enfants se lavent dans les cours des maisons et se rendent à l'école construite dans chaque village.
Ce Pays Dogon est d'une magie rare. Bien que visité par les étrangers, on n'en voit pas les traces. Rien n'est vraiment aménagé pour les touristes, et c'est tant mieux. Aussi, sur les 4 jours que j'y ai passés, je n'ai croisé que cette Allemande aux Immodiums du premier jour, et une 4 x 4 passant au loin, renforçant encore davantage le tout lointain des lieux. Un bond de plusieurs centaines d'années en arrière, tempéré toutefois par cette femme dogon surgissant des champs, un tas de bois sur la tête et portant un t-shirt... à l'effigie d'Oussama Ben Laden!
On quitte Tirelli. Idrissa m'explique que, pendant l'hivernage, ici, tout est vert. Des cascades naissent depuis la falaise et coulent jusqu'au pieds des dunes. Difficile à imaginer, tout étant aujourd'hui si sec, hormis ces timides petites parcelles où les Dogons cultivent difficilement des oignons, des tomates et du mil.
On marche encore jusqu'à Nambori, notre dernière étape en Pays Dogon. On y arrive vers midi, et la sieste s'impose jusque vers 15 heures. Il fait vraiment trop chaud. Il nous reste maintenant à ...remonter la falaise. Jeudi matin, à l'aube, on trace à travers les rochers. La pente est raide, mais les paysages incroyables, vous verrez les photos! On se plante à Dourou, pour retrouver les joies de la civilisation, et du système des taxi-brousses.
Dourou est un trou perdu. Personne n'y passe, on doit juste compter sur la chance de trouver un transport jusque Bandiagara, et espérer être à Mopti ce soir. Il y a 30 kilomètres à faire jusque Bandiagara mais sous cette chaleur, à pieds, c'est impensable. Il est 10 heures. On attend. Idrissa a averti les habitants du village qu'on était en demande.
11h, midi, 13, 14 heures... on reste là, sous une paillote à scruter l'horizon, à causer ou à se relayer pour de petites pauses sieste dans ce no man's land sans animation aucune. Vers 14h30, une bagnole se pointe à l'horizon. Il retourne sur Bandiagara, mais exige 10 000 francs CEFA par personne. Même truc qu'à la frontière Sénégal-Mali, ils abusent puisqu'ils savent très bien qu'ils sont notre unique solution du moment. Et c'est parti pour une demi-heure de négociations. Le type m'emmerde. Franchement, j'ai envie de lui dire que c'est un sale con, mais on a besoin de sa bagnole, hihihih... Alors...
Enfin bref, on l'obtient à 5000 pour deux, et c'est parti. A Bandiagara, à nouveaux 3 heures d'attente, le temps que la seule camionnette partant dans l'après-midi à Mopti se remplisse.
Eh oui, l'Afrique, c'est aussi la patience au quotidien, quelque part, encore plus que nulle part ailleurs. Mais après un moment, on s'y fait, et on ne se pose même plus de questions!
A 18 heures, on arrive à Mopti. Contents tout de même de ne pas y être arrivés en pleine nuit...
De retour à Mopti, c'est l'apaisement... C'est la satisfaction et le bonheur d'avoir accompli une telle escapade, qu'on avait tant attendue, dans un endroit si reculé. Comme une nourriture, et une digestion, après un délicieux repas, un peu comme après une belle rencontre, une bonne discussion, la prise d'une bonne photo ou la ponte d'un texte qui a fait correctement vidange. Comme après chaque évènement intéressant, chaque matérialisation ou chaque création, si petite fût-elle, où cette voix nous vient de par-dessus en nous disant "yes, that's it". Un sentiment d'accomplissement qui nous fait penser que cette tranche de vie est particulièrement intéressante.
Je reste encore deux jours à Mopti. Idrissa m'invite dans sa famille, me présente à sa maman et à sa sœur. On passe l'après-midi ensemble dans leur maison du quartier Taïkiri-Nord. On passe pas mal de temps au port, avec les marchands peuls, autour d'une série de thés désormais impossibles à compter.
Vraiment de bons moments dans ce port de Mopti... Monsieur Boubacar nous invite à son emplacement, fait d'une grande bâche de plastique, face à sa grande pinasse. Très fier de son ethnie, comme tous les Peuls d'ailleurs, il m'en parle en long et en large, me raconte comment ses ascendants, originaires du fin fond de la savane sénégalaise, se sont établis à Mopti. Il me parle aussi de leur voyage perpétuel. Les Peuls sont d'éternels nomades et monsieur Boubacar, comme beaucoup de Peuls, n'a pas d'adresse fixe. Il parcourt le fleuve Niger, avec ou sans sa famille, et s'établit en tel ou tel endroit selon la saison.
En tout cas, les Africains sont quand même exceptionnellement accueillants, et joviaux, pour la plupart. D'ailleurs, qui faudrait-il en convaincre? Ils ont toujours le mot pour rire, toujours cette gaieté, cette légèreté dans les contacts, malgré la réalité qui, au demeurant, reste bien plus pesante. Les femmes le sont encore plus. Je crois que dans tous ces lieux sur terre où j'ai eu la chance de passer, c'est ici qu'elles sont les plus vivantes, et les plus attachantes. Les mamas aussi, sont toujours irrésistibles. La femme de Boubacar, au port de Mopti, faisait encore rire l'assemblée en m'appelant "Pascal Diallo". Diallo, c'est le nom de famille peul par excellence. Elle me disait que j'avais tout à fait la corpulence et les traits de visage allongés d'un Peul, et que je pouvais donc rejoindre sa famille sans aucun problème.
Dimanche, à 4 heures du matin, je traverse cette Mopti encore déserte et mal éclairée pour me rendre à la gare routière. Aucun taxi encore à cette heure-là. Je prends le bus pour Bamako. 11 heures de trajet, avec deux poules sous mon siège, me caressant les mollets, et un voisin chrétien, monsieur Guy, super agréable. Super au courant de tout ce qui se passe ici et dans les pays voisins, on était parti dans de grandes discussions notamment sur la Guinée et la Mauritanie.
Là, je suis de retour chez Bocoum, à Bamako. Mina et Tcheng, les deux Japonais, sont toujours scotchés ici à suivre leurs cours de danses et de musique. Ils ne peuvent pas retourner à Conakry, en état de siège pour le moment. Tout le monde a les yeux braqués sur la Guinée, et on sent les Maliens bien évidemment solidaires avec le peuple guinéen, ayant aussi connu le même genre de galères dans le passé.
Le soir de mon arrivée, on file au bui-bui chinois à côté de chez Bocoum, avec Bocoum et les deux Japs, pour un chowmein poulet kip kip. C'est chouette de s'être retrouvés!
Je reste à Bamako jusque jeudi midi. J'ai trouvé un aller simple, pas cher, sur Nouakchott. Ca m'épargnera 4 jours de trajet ininterrompu en taxi-brousse! C'aurait été de la folie. On m'avait parlé initialement de 3 jours pour le trajet entre Bamako et Nouakchott, puis de 4, puis de peut être une semaine en cas de pépins. Et d'office qu'il y aura des "pépins". Donc j'en conclus, après ces quelques petites semaines d'expériences, que je devrais peut être prévoir... 2 semaines pour ce trajet. Jeudi après-midi, j'atterris donc à Nouakchott. J'ai vraiment hâte d'y être. Rien qu'en lisant le guide, je me retrouve déjà plongé dans ces quartiers de Nouakchott dont j'ai si souvent entendu parler (...). Voir enfin à quoi ça ressemble sur place, ça fera du bien! Les élections ont lieu le dimanche 11 mars, les premières élections "démocratiques" après 20 ans de dictature. Le dictateur Ould Taya est tombé par coup d'état en 2005. Ca promet d'être chaud! Affaire à suivre...



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Dernière mise à jour: mardi 6 janvier 2009 I would like to read this site in English Je veux lire ce site en Français