 |
Carnet de voyage
Afrique 2007, 1ère partie
Sénégal
Dakar, 5 février 2005, Espace Thialy, 1h03
Yep! Je suis bien arrivé à Dakar. Au grand jour d'aujourd'hui, j'ai mis mon premier pied en "Afrique noire". A 13h05 ce matin, l'avion décolle. Direction: Casablanca. Bruxelles baigne dans le brouillard et dans la froideur habituelle de cette période de l'année. Drôle de sensation que de me retrouver soudain à l'aéroport Mohamed V de Casablanca. J'y étais passé pour la dernière fois en 2003, lors de mon dernier trip au Maroc. A la sortie d'avion, cette odeur chaude m'envahit directement les narines, emportant avec elle son flot d'émotions, de souvenirs d'expériences passées. J'ai 4 heures à attendre, avant d'attraper la correspondance qui m'emmènera au Sénégal. Vite, une clope! Les vols et aéroports se réclamant de plus en plus non-fumeurs, je fouine comme une souris dans les couloirs de cet aéroport pour me trouver un endroit de cigarette autorisée, pour m'offrir cette illusion de pause apaisante et salvatrice. Un énorme Noir vient me gratter une cigarette. Il est... Sénégalais. Ibrahim. Il habite Lyon et vit en France depuis 20 ans. Il est épuisé. Ça fait près d'un an qu'il n'a pas revu sa famille, restée au pays, et n'a pas pu dormir cette nuit, l'impatience étant poussée à son paroxysme. Je me retrouve avec lui à l'arrière de l'avion, entouré d'un groupe de quatre Tunisiens d'environ mon âge. Ils étudient la dentisterie à l'université de Dakar. Super chouette rencontre.
Le trajet file à toute allure, malgré les turbulences bien plus fréquentes que d'habitude. On m'avait dit que l'arrivée à Dakar serait épuisante, que je me retrouverais assailli dès ma descente d'avion, mais tout s'est finalement passé comme sur des roulettes. Mes nouveaux copains tunisiens m'avaient dit de les suivre. Le hall de réception des bagages, est rempli de caisses et de sacs empilés n'importe comment. La lumière sordide des néons, les murs sales, rajoutent à l'ambiance. Et cette odeur... une odeur humide, de bord de mer, avec des effluves de poissons, non désagréables pourtant, qui flottent dès les premiers pas sur le tarmac de l'aéroport. J'adore!
Les bagages sont scannés et effectivement, on se retrouve encerclé d'une dizaine de gars voulant porter les sacs pour se faire quelques CEFA. Un agréable petit sentiment d'Inde tout à coup.
Bandara m'attend à la sortie, avec sa grande pancarte. Il doit être minuit et les artères de la ville sont encore peuplées. On m'avait bien dit que Dakar ne dort jamais. Là, je suis à l'espace Thialy, une des adresses de routard de référence de la ville. Je suis crevé. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais adorer cette nouvelle partie du monde qui s'offre à moi.
From: Pascal MANNAERTS
Sent: Monday, February 05, 2007 1:21 PM
Subject: A Dakar comme sur des roulettes
Yep, tout s'est passé comme sur des roulettes. Je suis bien tombé à Dakar. J'adore. Les gens sont adorables, il fait bon, cette odeur de brise marine humide et d'effluves de poissons dès la descente d'avion... ces visages, cette gentillesse, ça fait chaud au cœur!
Il fait chaud, au moins 30 degrés. Je suis tombé dans un super chouette endroit avec une nana ayant plein d'infos en tout genre. Conclusion: demain, je m'incruste dans un minibus d'infirmières françaises et sénégalaises qui partent bosser dans la région du fleuve Sénégal. Je vais avec elles jusqu'à Tambacounda, puis de là, j'essaie de rejoindre Kayes, direction Mali, au delà de la frontière. Les bus c'est "Incha Allah" comme elle dit, c'est soit 12, 24 ou 48 heures, ça dépend... pour un même trajet bien sûr. Faut juste prévoir assez d'eau!
Déjà dans l'avion, c'était vraiment chouette. Un Sénégalais qui vit en France et qui retournait au pays après un an d'absence, pour dire bonjour à sa famille, étant à ma droite... il tenait plus en place de joie. Puis de l'autre côté, sur la même rangée, une bande de jeunes Tunisiens étudiant à Dakar. Vraiment super chouette. Le vol a passé en un éclair, malgré les turbulences au dessus de la Mauritanie, qui faisaient parfois penser que j'allais m'immerger dans la plaine saharienne un peu plus tôt que prévu.
A l'arrivée, eux connaissaient évidemment tout, puisque ce n'était pas leur première fois, donc ils m'ont dit de les suivre. No arnaks, oui fouilles exagérées ou porteurs de bagages trop collants, mais c'est passé comme une lettre à la poste. Quand je repasse à Dakar au retour, j'ai leur numéro, je peux aller les voir. Monsieur Bandara m'attendait comme prévu, avec sa pancarte qui pointait au dessus de la foule des visiteurs. Et hop, on embarque dans sa grande camionnette noire de l'agence tous risques, à travers les banlieues de Dakar, peu après minuit. Dakar qui ne dort jamais? Eh oui, c'est vrai! Y a des gens partout le long des routes, même à une heure du matin.
Sinon là, je suis à l'Espace Thialy, et on va partir dans le quartier ou vers le Yoff, avec la bande d'infirmières. Départ demain vers 6 heures du matin pour Tambacounda, plus au nord. Je ne sais pas mais... je sens que je vais adorer! Ah vraiment!
From: Pascal MANNAERTS
Sent: Tuesday, February 06, 2007 7:59 PM
Subject: Tambacounda torride calling...
Hello tout le monde! Après cette journée torride passée dans le bus, on s'est enfin posés à Tambacounda, plus au sud-est de Dakar, sur la route vers le Mali. C'est ici que les infirmières viennent en mission, et c'est sur la route que je dois emprunter pour passer au Mali, donc tout s'arrange bien...
Hier, on s'est promené dans le centre-ville de Dakar. On nous avait dit de prendre un touba, genre d'immense camionnette de transports collectifs, prenant et débarquant ses passagers "à la volée", c'est le cas de le dire, pour joindre le centre ville.
Eeeh non, c'était pas gagné. Les prix variaient du 500 au 5000 francs CEFA selon les véhicules, le prix normal étant de 200, tête de touriste oblige. Puis quand, enfin, un chauffeur accepte de nous prendre, on embarque à peine que le pneu éclate sur le bitume brûlant.
Héhé, et rebelote! On est finalement arrivés dans le centre, pour trouver la porte close des changeurs de travellers cheques, mais anyway no problem, ça nous a fait une petite ballade.
Les embouteillages sont monstrueux à Dakar, dignes de ceux de Lima ou de New Delhi. Les bus ou camionnettes collectives sont plus que bondées, les passagers s'accrochent à l'arrière sur le pare-choc, sur les toits, des images habituelles finalement, mais qu'on est toujours surpris de revoir en débarquant dans un endroit en dehors d'Europe. L'Europe où tout est si bien rangé. Et cette odeur, cette odeur de terre, cette terre rouge ou ocre qui fait le pays et que l'on trouve jusqu'à la lisière du centre ville.
Le centre de Dakar, rien de vraiment terrible. Les vendeurs ambulants qui ne te collent heureusement pas trop, les policiers quand même assez nombreux et qui friment dès qu'ils ont leur uniforme sur le dos. C'est vraiment marrant comment les représentants d'autorités aiment frimer du simple fait de leur poste. Même étant simple agent de circulation!
Les Sénégalais sont vraiment relax, souriants et ont le sourire encore plus généreux qu'ailleurs. Ils sont beaux, vraiment beaux. Les femmes sont super élégantes dans leurs 1001 couleurs, trop classe. On s'est retapé les embouteillages jusqu'à la mosquée de la "Patte d'oie", je ne sais pas trop pourquoi ça s'appelle comme ça, mais c'est près de la où l'on crèche.
Ce matin, réveil à 4 heures. On devait partir à temps car la route prenait entre 7 et ... 20 heures. Apparemment, aucun horaire ne peut réellement être planifié. Les versions concernant l'état des routes changent d'une source d'information à l'autre, et ... du tout au tout. On a finalement roulé presque 12 heures pour arriver jusqu'à Tambacounda. Comme on était nombreux, on s'est pris un minibus avec les 10 infirmières et 4 autres Sénégalais. Le bus était complètement défoncé, mais vu l'état de la route, ça ne venait plus à ça.
On avait +- 450 kilomètres à faire. Au début, tout était ok mais après trois heures de route, comme le disait en rigolant Bake, le chauffeur, "c'est maintenant que les ennuis vont commencer". Des nids de poule à volonté, des portions de route au bitume désagrégé, bref, on faisait en moyenne du 40 à l'heure. En plus, il s'agissait d'une camionnette... à la vitesse magique. Elle oscillait autour des 40 puis, à chaque grosse bosse, l'aiguille tombait à 0. Je me dis ben oui, je viens d'assister en direct à la mort de son compteur de vitesse... mais non... à la bosse d'après, un bon gros choc et hops, il ressuscite et l'aiguille remonte à nouveau. Magie africaine.
La température monte jusqu'à 40 degrés sur l'heure de midi. Les pauvres débarquant de France étaient à moitié mortes, mais moi j'aime ça, donc tout va bien.
Les paysages sont secs dans cette région du Sénégal. A plusieurs reprises, ça m'a vraiment rappelé ces zones désertiques du Rajasthan où seule la route de bitume marque une empreinte de civilisation récente et de couleur foncée. Sinon, tout n'est que poussière, plantes sèches et, de temps en temps seulement, on trouve des petits villages, avec des huttes en torchis et des habitants attendant... je ne sais pas trop quoi au bord de la route ou près des habitations.
Aussi, pas mal d'éleveurs trimballant leurs troupeaux de chèvres, barrant de temps en temps le passage pour laisser passer ces demoiselles. Aaah qu'est ce que ça me rappelait mes contes mauritaniens, tout ça! Trois des infirmières vont d'ailleurs aider à Bakel, à la frontière, le long du fleuve. Combien de fois n'aurais-je pas aussi entendu parler de Bakel dans ces fameux "contes"? Enfin bref, elles me raconteront comment c'était là-bas, car je ne pense pas que moi j'y passerai, à Bakel.
On se plante dans un village pour reprendre de l'essence et toute une ribambelle de gamins accourent, plus mignons les uns que les autres. Ah vraiment, ils sont terribles! Ici, un "blanc", c'est un "toubab". Alors, dès que t'entends "toubab, toubab" en rue, tu peux être certain que c'est à toi qu'on s'adresse. Genre "farang" en Thaïlande ou "gringo" en Amérique latine, mais ici apparemment, ça n'a aucune connotation péjorative de se faire taxer de "toubab". Et hops, tout à coup, tous les gosses s'encourent... pour rattraper un autre gamin qui venait de voler un sac. On n'a pas tout compris, on se demandait même si on nous l'avait volé à nous. En tout cas, l'autre gamin avait presque tout le village à ses trousses.
Héhé là, je viens de faire une pause car trois gamins sont entrés dans le cybercafé. Ils sont juste à côté de moi et me regardent taper. Ils restent là. Ils n'arrêtent pas de se marrer.
Maintenant, on est à Tambacounda. Les filles avaient réservé leur hôtel, moi pas, et tout étant complet dans le leur, j'en ai trouvé un autre, convenable, un peu plus loin.
Y a comme un meeting au rond point qui fait office de centre de la ville, apparemment pro opposants au président Wade. Ils sont tous très excités, parcourant la ville avec des camionnettes placardées de posters, avec des haut-parleurs, en criant debout sur les véhicules, mais ça reste calme. L'enthousiasme habituel pour ce genre d'évènements, quoi!
Demain, je file tôt vers Kidira, à la frontière avec le Mali. La route est apparemment bonne, mais yep, on sait maintenant que c'est Incha Allah... Après Kidira, et jusqu'à Kayes, côté malien, tout le monde s'accorde à dire que la route est terrible. Je sais à quoi m'en tenir. A mon avis, j'y serai demain soir ou à la tombée de la nuit au plus tard. Je pars demain à 5h30. En taxi brousse...
En tout cas, l'Afrique, c'est vraiment enthousiasmant, ah oui. C'est pas trop tôt que d'être enfin passé par ici! Bizz bizz et rendez-vous au Mali.
From: Pascal MANNAERTS
Sent: Friday, February 09, 2007 10:06 PM
Subject: De Tambacounda à Bamako... enfin j'y suis!
Il est 4 heures. Tambacounda dort encore a point fermé. Je me libère enfin de cette nuit étouffante, passée sous ces ventilateurs tournant à plein tube. La route vers la frontière est apparemment affreuse, et je dois gagner Kayes, la première ville, côté malien, pour ce soir, car on ne trouve apparemment pas d'hôtels à la limite entre les deux pays.
Hop, je remets mes clefs au petit gars tout endormi devant la vieille carcasse servant de TV, et qui trône de toute sa fierté sur le desk qui fait office de réception. Surprise! Il m'annonce que je resterai probablement bloqué à Tambacounda pendant quelques jours, car le président Wade vient d'y arriver, en campagne pour les toutes proches élections. Les présidentielles sénégalaises ont lieu dans quelques semaines. Toutes les routes seraient, selon lui, bloquées. Il me dit de patienter jusqu'au lever du soleil.
Petite pause thé devant une espèce de MTV africain, diffusant des clips de rappeurs congolais, ivoiriens et sénégalais. Ce genre de vidéos ou tout est exprimé au premier degré, où les rôles sont surjoués, un vrai petit goût de bollywood made in Africa. Occasion de discuter aussi avec ce brave bonhomme qui vient de veiller toute la nuit et qui attend sa délivrance.
Le chant du muezzin raisonne sur la ville endormie. Il doit être 5h30 et bon, ben... je vais tenter le coup. Il fait encore complètement noir.
Personne, vraiment personne en rue. Juste ces deux chiens qui, à ma plus grande joie, s'approchent de moi mais continuent leur chemin en râlant. Au bout de la rue, un bar ayant tous les attraits d'un bar à rencontres est encore ouvert. Néons roses et bleus, comme des dentelles aux fenêtres. Il s'appelle "ABC Madame". A cette heure, la clientèle a déserté les lieux. Je suis censé trouver le garage des taxi-brousses, tout à l'est de la ville.
Mais pas un taxi à la ronde. Juste deux types avec de gros balluchons, qui semblent attendre quelque chose au bord de la route, mais qui ne pètent pas un mot de français.
Finalement, voilà ce fameux taxi transportant un commandant de gendarmerie se rendant au travail. Ils acceptent de me prendre. Ils discutent des femmes fliquettes qui, selon le chauffeur, n'ont absolument rien d'excitant, et qui "vont chercher des hommes dans les bars la nuit". Ils sont vraiment marrants. Ils sont tellement impliqués dans leur discussion, qu'on les croirait débattre de l'avenir même de la nation.
Et nous voilà au garage. Le principe des taxi brousse, qui est la plupart du temps une vieille BM ou une vieille Peugeot européenne recyclée et envoyée ici en Afrique, est que l'on attend le maximum de passagers, et que l'on démarre une fois le véhicule plein. Bref, en gros... on ne sait jamais quand on démarrera, mais on est quand même censé gagner du temps puisque les voitures se faufilent plus facilement que les bus entre les cratères de ces routes défoncées.
Après 1h15 d'attente, nous y voilà. On est à 6, avec 2 poules vivantes fourrées dans le coffre, à côté des sacs. La route vers la frontière est encore assez convenable... mais une fois là-bas, Kidira, la ville frontière, est à l'arrêt. Il est midi et on se retrouve en plein meeting pro Wade, avec fanfares, danses, et mamas en délire pour agrémenter le tout.
La frontière n'est apparemment pas clairement définie, mais je ne cherche pas à comprendre, je suis le cortège. L'agent de poste pour la sortie du Sénégal prend son rôle vraiment très au sérieux. Du haut de ses grandes lunettes, il inspecte paaaaaaaage par paaaaaaaaaage mon passeport, comme pour essayer d'y trouver une irrégularité. Le pire est qu'ici, on se sent toujours obligé d'adopter une attitude d'enfant de choeur face à ces représentants des autorités. Le moindre faux pas serait prétexte à bakchich ou enquiquinements.
On remonte dans la bagnole et on se fait larguer un peu plus loin, en pleine brousse, le long d'une buvette censée être, logiquement, de l'autre côté de la frontière. Mais rien n'est signalé. Aucun poste de douane apparent. Aucun bureau pour se faire tamponner le visa malien. Je commence à ne même plus m'inquiéter. Une dizaine de personne attendent sous une paillote. Un minibus c-o-m-p-l-è-t-e-m-e-n-t- défoncé, reprenant le principe du taxi-brousse, est à l'arrêt. Je me retrouve avec Ibrahima et sa maman, une toute vieille petite dame mimi comme tout. C'est assez marrant car ici, quand ils ne connaissent pas le nom de quelqu'un plus jeune qu'eux, ils l'appellent "petit". Un peu comme les congolais. Là où ça devient un peu plus surprenant, c'est lorsque j'entends Ibrahima parler de sa mère en l'appelant "la vieille". Et ça n'a rien de négatif!
Enfin bref, on se retrouve plantés à ce poste frontière. Les seules voitures allant jusqu'à Kayes demandent l'équivalent de 40 euros par personne, pour ne faire que 90 kilomètres! C'est presque du racket. Du chantage, car on a pas vraiment le choix et ils le savent bien. Le temps passe. Ibrahima me dit qu'on va attendre, le temps que la situation "soit plus claire". Et moi, j'ai tout comme l'impression que le réflexe de s'énerver car rien n'avance, a disparu.
Juste un hic. Je suis le seul non Malien là-dedans, à part quelques autres Sénégalais. Les Sénégalais n'ont pas besoin de visa pour le Mali, mais moi bien. Et absolument personne ne peut me dire où se trouve ce foutu bureau pour aller prendre le cachet d'entrée au pays. Moi, je sens déjà l'enroule: je vais me retrouver en étant entré illégalement au Mali, et même en me rendant de moi-même dans un poste de police par la suite, j'ai comme un pressentiment que cette anomalie sera prétexte à emmerdements.
Le temps passe encore... La maman d'Ibrahima commence à taper du pied sur le sol, en rigolant. La chaleur est étouffante.
On finit par acheter un ticket à 2500 francs CEFA pour le vieux bus défoncé, restant toujours en pénurie de candidats, craignant qu'à force d'attendre quelque chose de mieux, on se retrouve... sans rien du tout! Et puis, voilà que cet arnaqueur de chauffeur baisse son prix à l'équivalent de 10 euros.
Et là, comme par enchantement, un type vient vers moi. Il me demandera "toi petit, as-tu déjà fait tamponner ton passeport?", et m'annonce que si non, j'aurai des ennuis par la suite avec la police. Il enchaîne sur le fait que je ne pourrai pas me faire rembourser le ticket de bus que j'avais payé, et que le seul moyen d'en faire quelque chose est de le donner à quelqu'un.
Bref, j'avais compris! Voilà le deal: il m'emmène au bureau et moi, je lui file mon ticket pour qu'il aille le revendre et se faire de la thune. Héhé, et c'est parti!
Nous voilà enfin en route vers Kayes, dans le taxi-brousse, en bonne et due forme heureusement! La région est torride et sèche au possible. On traverse d'immenses étendues de baobabs dansant à perte de vue, plus imposants les uns que les autres.
La terre est rouge. La route n'est pas encore trop mauvaise. Il est 15 heures et on débarque à Kayes.
Kayes est le fief des Soninkés. C'est d'ici que viennent la plupart des Maliens ayant émigré en Europe. Le fleuve Sénégal traverse la ville de part en part, sa simple vision est déjà une sensation d'apaisement sous cette chaleur impossible. La ville est poussiéreuse, son trafic chaotique, l'ambiance dans le marché est à s'en faire tourner la tête. On se noie dans les couleurs des apparats des Maliennes, entre les poules encore vivantes, attachées et agonisant à même le sol, entre les effluves de toutes sortes, les fosses sceptiques à ciel ouvert et les poissons fraîchement pêchés qui brûlent au soleil sous des nuages de mouches.
C'est marrant car je n'ai pas croisé le moindre "Blanc" dans toute la ville. Partout, j'entends des "ça va, ça va?", avec de superbes sourires tranchant dans leur teint basané. Les rives du fleuve Sénégal sont splendides. Je me fais escorter par une ribambelle de gamins qui m'emmènent chez leurs mamans, occupées à laver le linge dans le fleuve. Une des mamas parle le français et sert d'interprète bambara pour toute la famille. Les gamins sont tout excités de m'emmener en haut de la colline pour me montrer un crocodile et une hyène géante qu'ils ont capturés dans le coin.
Quand on me disait que l'Afrique, c'est quand même différent, c'est quand même vrai! Peut être encore plus déroutante que l'Inde, sur certains points. J'ai l'impression qu'ici, tout est désorganisé à un point... Tout paraît tellement plus dur pour se frayer un chemin, au sens propre comme au sens figuré. On dirait que rien, absolument rien n'est fiable ou établi, tout semble dépendre du hasard et de la variété des circonstances. J'ai comme l'impression que ce voyage-ci sera le plus difficile de ceux que j'ai faits. Question organisation, du moins. L'un te dit blanc, l'autre te dit noir, on ne sait jamais à quoi se fier. Aussi, les routes sont dans un de ces états! Comme me disait encore un passager malien à la gare, c'est la base de tout développement que d'avoir des infrastructures routières un minimum correctes, et ils n'y ont même pas droit! Ils en rient eux-mêmes.
Le soir, à Kayes, j'ai eu la chance immense de faire la connaissance d'un Burkinabé de l'hôtel, on ne peut plus causant. Il me raconte, les yeux injectés et la voix ralentie, qu'il est venu à Kayes pour le mariage de sa soeur, qu'il a une femme et deux enfants au Burkina. Il a aussi deux copines à Kayes, et me propose de m'en "prêter une pour la soirée". Il me donne son téléphone pour qu'on se rejoigne plus tard à Ségou. Pendant ce temps, il s'envoie une soupe, deux bières, des brochettes, des frites et une banane, et me demande, sa dernière bouchée une fois engloutie, de bien vouloir régler la note. Hihihi, incroyable! Et moi, je n'avais même rien mangé ni bu, j'étais juste là pour me griller une clope au départ. Non mais..? Il me donne quand même son téléphone, au cas où. Le type de l'auberge voit l'échange des papiers et vient me trouver. Il me dit de surtout, ne pas chercher à le revoir. Il glande ici à Kayes depuis des semaines, serait commerçant dans des affaires douteuses et crèche sur le toit de l'hôtel car il est fauché.
By the way, une fois 23 heures, j'ai par ailleurs réalisé que j'étais tombé dans une auberge servant accessoirement d'hôtel de passe. Les couloirs et le jardin se sont retrouvés peuplés de nymphes plus bariolées les unes que les autres. J'ai pas pu dormir avant 1 heure du matin... trop de bruit dans la chambre d'à côté. Même au moment du coucher, on trouve encore des surprises!
Comme le fait de constater que l'eau était coupée dans tout le quartier et qu'il n'y avait même plus moyen de se laver les dents. Ni le reste!
Jeudi matin, je ne suis pas encore au bout de mes peines pour rejoindre Bamako. En fait, je commence à réaliser que c'est trop la galère. Je n'aurais jamais dû tenter de rejoindre Bamako depuis Dakar, c'est encore bien pire que ce qu'on m'avait dit. Mais je n'ai maintenant plus le choix.
Je me plante à 5 heures à la gare routière, pour essayer d'attraper le premier bus de 6 heures, mais il est déjà complet. Bref, départ du second bus à 8 heures. Un jeune de Ouagadougou est dans le même cas que moi. On est tellement nazzes qu'on finit par s'assoupir sur un banc, dans l'enceinte de la gare. Le premier bus commence à se remplir en retard, à 6h30. On ne s'inquiète pas, jusqu'au moment où j'ouvre les yeux et aperçois que le nôtre, censé partir à 8 heures, est déjà presque bourré. On se faufile en catastrophe dans cette foule du chaos, pour se faire dire qu'il n'y a plus de place pour nous, alors même qu'on avait nos tickets en main et qu'on attendait depuis deux heures.
Aaaah, quel bordel! Un type, sans doute de la compagnie de bus, se ramène et on trouve apparemment une place pour moi. Moi je lui dis que l'autre, Seidou, le jeune de Ouaga, doit aussi avoir sa place, mais il ne veut rien entendre. Le privilège du blanc ou quoi? Et quoi encore? On commence à palabrer pendant que le moteur du bus était déjà occupé à tourner, et finalement deux tricheurs, qui avaient un ticket de bus pour l'après-midi, se sont fait éjecter, et on a récupéré nos places! Tout est bien qui... Je ne sais même pas si vous aurez tout compris à l'histoire en fait!
Les haltes sur la route son fabuleuses. On aurait presque l'impression de se retrouver au temps des caravanes traversant le désert, en version quand même plus moderne. A l'arrivée du bus, alors que les nuages de poussières provoqués par son passage ne se sont même pas encore dissipés, les vendeurs de toutes sortes s'agrippent au véhicule comme s'ils n'avaient plus eu de visite depuis des mois. De part et d'autre de la piste s'étalent des espèces de cases en bois ou en paille, ou des voyageurs allant je ne sais pas où mangent de toutes sortes. Certains sont en voitures, d'autres à dos d'âne ou en chameaux. Des pigeons se font décapiter à la chaîne sur le sol, pendant qu'un corps entier de mouton rôtit au soleil, bien vite découpé pour rassasier les troupes. Les mamas sont assises sur le côté avec leurs enfants qui m'appellent "toubab, toubab". Elles me font signe que j'ai un long nez. C'est vrai que comparé aux nez africains, je les bats sans aucun problème. Seidou me fait goûter mon premier "zrig". Enfin, ça ne portait pas ce nom-là mais c'est ce genre de boisson qu'ils boivent en Mauritanie: du lait avec de l'eau, le tout au goût délicieusement amer. Seidou était parti voir de la famille à Kayes. Vraiment cool comme compagnon de voyage, même si ce ne fût que le temps d'une journée.
L'intérieur du bus est torride. Aussi, est ce par amour de la chaleur ou par crainte des nuages de poussières du dehors, mais les Africains aiment voyager toutes fenêtres fermées, sans clim bien sûr. On dégouline. Les pistes sont de plus en plus caillouteuses et le bus vibre de partout, à tel point que je mets mon sac de matériel photo sur mes genoux, en équilibre, en évitant de mettre les pieds au sol, pour l'épargner des chocs.
De temps en temps, une vieille carcasse de voiture, rongée par le soleil et la solitude, garnit le bord de la route. Ils ont sans doute eu moins de chance que nous... On croise parfois un petit village d'une dizaine de maisons, se demandant comment ils arrivent à vivre en ces endroits. Et surtout, pourquoi ils y restent. Il n'y a rien, mais vraiment rien, des kilomètres à la ronde.
Vers 16 heures, on débarque à Bamako. C'est le gros "ouf". On est sur les genoux. Le bus est rouge de poussière. Enfin j'y suis, dans cette capitale du pays mandingue! Le voyage va maintenant prendre une tournure un peu plus relax... Enfin... on verra.
Pour information consultez le site:
|
 |