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Carnet de voyage
Afrique 2007, 1ère partie
Sénégal
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Dakar, 5 février 2005, Espace Thialy, 1h03
Yep! Je suis bien arrivé à Dakar. Au grand jour d'aujourd'hui, j'ai mis mon premier pied en "Afrique noire". A 13h05 ce matin, l'avion décolle. Direction: Casablanca. Bruxelles baigne dans le brouillard et dans la froideur habituelle de cette période de l'année. Drôle de sensation que de me retrouver soudain à l'aéroport Mohamed V de Casablanca. J'y étais passé pour la dernière fois en 2003, lors de mon dernier trip au Maroc. A la sortie d'avion, cette odeur chaude m'envahit directement les narines, emportant avec elle son flot d'émotions, de souvenirs d'expériences passées. J'ai 4 heures à attendre, avant d'attraper la correspondance qui m'emmènera au Sénégal. Vite, une clope! Les vols et aéroports se réclamant de plus en plus non-fumeurs, je fouine comme une souris dans les couloirs de cet aéroport pour me trouver un endroit de cigarette autorisée, pour m'offrir cette illusion de pause apaisante et salvatrice. Un énorme Noir vient me gratter une cigarette. Il est... Sénégalais. Ibrahim. Il habite Lyon et vit en France depuis 20 ans. Il est épuisé. Ça fait près d'un an qu'il n'a pas revu sa famille, restée au pays, et n'a pas pu dormir cette nuit, l'impatience étant poussée à son paroxysme. Je me retrouve avec lui à l'arrière de l'avion, entouré d'un groupe de quatre Tunisiens d'environ mon âge. Ils étudient la dentisterie à l'université de Dakar. Super chouette rencontre.
Le trajet file à toute allure, malgré les turbulences bien plus fréquentes que d'habitude. On m'avait dit que l'arrivée à Dakar serait épuisante, que je me retrouverais assailli dès ma descente d'avion, mais tout s'est finalement passé comme sur des roulettes. Mes nouveaux copains tunisiens m'avaient dit de les suivre. Le hall de réception des bagages, est rempli de caisses et de sacs empilés n'importe comment. La lumière sordide des néons, les murs sales, rajoutent à l'ambiance. Et cette odeur... une odeur humide, de bord de mer, avec des effluves de poissons, non désagréables pourtant, qui flottent dès les premiers pas sur le tarmac de l'aéroport. J'adore!
Les bagages sont scannés et effectivement, on se retrouve encerclé d'une dizaine de gars voulant porter les sacs pour se faire quelques CEFA. Un agréable petit sentiment d'Inde tout à coup.
Bandara m'attend à la sortie, avec sa grande pancarte. Il doit être minuit et les artères de la ville sont encore peuplées. On m'avait bien dit que Dakar ne dort jamais. Là, je suis à l'espace Thialy, une des adresses de routard de référence de la ville. Je suis crevé. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais adorer cette nouvelle partie du monde qui s'offre à moi.
From: Pascal MANNAERTS
Sent: Monday, February 05, 2007 1:21 PM
Subject: A Dakar comme sur des roulettes
Yep, tout s'est passé comme sur des roulettes. Je suis bien tombé à Dakar. J'adore. Les gens sont adorables, il fait bon, cette odeur de brise marine humide et d'effluves de poissons dès la descente d'avion... ces visages, cette gentillesse, ça fait chaud au cœur!
Il fait chaud, au moins 30 degrés. Je suis tombé dans un super chouette endroit avec une nana ayant plein d'infos en tout genre. Conclusion: demain, je m'incruste dans un minibus d'infirmières françaises et sénégalaises qui partent bosser dans la région du fleuve Sénégal. Je vais avec elles jusqu'à Tambacounda, puis de là, j'essaie de rejoindre Kayes, direction Mali, au delà de la frontière. Les bus c'est "Incha Allah" comme elle dit, c'est soit 12, 24 ou 48 heures, ça dépend... pour un même trajet bien sûr. Faut juste prévoir assez d'eau!
Déjà dans l'avion, c'était vraiment chouette. Un Sénégalais qui vit en France et qui retournait au pays après un an d'absence, pour dire bonjour à sa famille, étant à ma droite... il tenait plus en place de joie. Puis de l'autre côté, sur la même rangée, une bande de jeunes Tunisiens étudiant à Dakar. Vraiment super chouette. Le vol a passé en un éclair, malgré les turbulences au dessus de la Mauritanie, qui faisaient parfois penser que j'allais m'immerger dans la plaine saharienne un peu plus tôt que prévu.
A l'arrivée, eux connaissaient évidemment tout, puisque ce n'était pas leur première fois, donc ils m'ont dit de les suivre. No arnaks, oui fouilles exagérées ou porteurs de bagages trop collants, mais c'est passé comme une lettre à la poste. Quand je repasse à Dakar au retour, j'ai leur numéro, je peux aller les voir. Monsieur Bandara m'attendait comme prévu, avec sa pancarte qui pointait au dessus de la foule des visiteurs. Et hop, on embarque dans sa grande camionnette noire de l'agence tous risques, à travers les banlieues de Dakar, peu après minuit. Dakar qui ne dort jamais? Eh oui, c'est vrai! Y a des gens partout le long des routes, même à une heure du matin.
Sinon là, je suis à l'Espace Thialy, et on va partir dans le quartier ou vers le Yoff, avec la bande d'infirmières. Départ demain vers 6 heures du matin pour Tambacounda, plus au nord. Je ne sais pas mais... je sens que je vais adorer! Ah vraiment!
From: Pascal MANNAERTS
Sent: Tuesday, February 06, 2007 7:59 PM
Subject: Tambacounda torride calling...
Hello tout le monde! Après cette journée torride passée dans le bus, on s'est enfin posés à Tambacounda, plus au sud-est de Dakar, sur la route vers le Mali. C'est ici que les infirmières viennent en mission, et c'est sur la route que je dois emprunter pour passer au Mali, donc tout s'arrange bien...
Hier, on s'est promené dans le centre-ville de Dakar. On nous avait dit de prendre un touba, genre d'immense camionnette de transports collectifs, prenant et débarquant ses passagers "à la volée", c'est le cas de le dire, pour joindre le centre ville.
Eeeh non, c'était pas gagné. Les prix variaient du 500 au 5000 francs CEFA selon les véhicules, le prix normal étant de 200, tête de touriste oblige. Puis quand, enfin, un chauffeur accepte de nous prendre, on embarque à peine que le pneu éclate sur le bitume brûlant.
Héhé, et rebelote! On est finalement arrivés dans le centre, pour trouver la porte close des changeurs de travellers cheques, mais anyway no problem, ça nous a fait une petite ballade.
Les embouteillages sont monstrueux à Dakar, dignes de ceux de Lima ou de New Delhi. Les bus ou camionnettes collectives sont plus que bondées, les passagers s'accrochent à l'arrière sur le pare-choc, sur les toits, des images habituelles finalement, mais qu'on est toujours surpris de revoir en débarquant dans un endroit en dehors d'Europe. L'Europe où tout est si bien rangé. Et cette odeur, cette odeur de terre, cette terre rouge ou ocre qui fait le pays et que l'on trouve jusqu'à la lisière du centre ville.
Le centre de Dakar, rien de vraiment terrible. Les vendeurs ambulants qui ne te collent heureusement pas trop, les policiers quand même assez nombreux et qui friment dès qu'ils ont leur uniforme sur le dos. C'est vraiment marrant comment les représentants d'autorités aiment frimer du simple fait de leur poste. Même étant simple agent de circulation!
Les Sénégalais sont vraiment relax, souriants et ont le sourire encore plus généreux qu'ailleurs. Ils sont beaux, vraiment beaux. Les femmes sont super élégantes dans leurs 1001 couleurs, trop classe. On s'est retapé les embouteillages jusqu'à la mosquée de la "Patte d'oie", je ne sais pas trop pourquoi ça s'appelle comme ça, mais c'est près de la où l'on crèche.
Ce matin, réveil à 4 heures. On devait partir à temps car la route prenait entre 7 et ... 20 heures. Apparemment, aucun horaire ne peut réellement être planifié. Les versions concernant l'état des routes changent d'une source d'information à l'autre, et ... du tout au tout. On a finalement roulé presque 12 heures pour arriver jusqu'à Tambacounda. Comme on était nombreux, on s'est pris un minibus avec les 10 infirmières et 4 autres Sénégalais. Le bus était complètement défoncé, mais vu l'état de la route, ça ne venait plus à ça.
On avait +- 450 kilomètres à faire. Au début, tout était ok mais après trois heures de route, comme le disait en rigolant Bake, le chauffeur, "c'est maintenant que les ennuis vont commencer". Des nids de poule à volonté, des portions de route au bitume désagrégé, bref, on faisait en moyenne du 40 à l'heure. En plus, il s'agissait d'une camionnette... à la vitesse magique. Elle oscillait autour des 40 puis, à chaque grosse bosse, l'aiguille tombait à 0. Je me dis ben oui, je viens d'assister en direct à la mort de son compteur de vitesse... mais non... à la bosse d'après, un bon gros choc et hops, il ressuscite et l'aiguille remonte à nouveau. Magie africaine.
La température monte jusqu'à 40 degrés sur l'heure de midi. Les pauvres débarquant de France étaient à moitié mortes, mais moi j'aime ça, donc tout va bien.
Les paysages sont secs dans cette région du Sénégal. A plusieurs reprises, ça m'a vraiment rappelé ces zones désertiques du Rajasthan où seule la route de bitume marque une empreinte de civilisation récente et de couleur foncée. Sinon, tout n'est que poussière, plantes sèches et, de temps en temps seulement, on trouve des petits villages, avec des huttes en torchis et des habitants attendant... je ne sais pas trop quoi au bord de la route ou près des habitations.
Aussi, pas mal d'éleveurs trimballant leurs troupeaux de chèvres, barrant de temps en temps le passage pour laisser passer ces demoiselles. Aaah qu'est ce que ça me rappelait mes contes mauritaniens, tout ça! Trois des infirmières vont d'ailleurs aider à Bakel, à la frontière, le long du fleuve. Combien de fois n'aurais-je pas aussi entendu parler de Bakel dans ces fameux "contes"? Enfin bref, elles me raconteront comment c'était là-bas, car je ne pense pas que moi j'y passerai, à Bakel.
On se plante dans un village pour reprendre de l'essence et toute une ribambelle de gamins accourent, plus mignons les uns que les autres. Ah vraiment, ils sont terribles! Ici, un "blanc", c'est un "toubab". Alors, dès que t'entends "toubab, toubab" en rue, tu peux être certain que c'est à toi qu'on s'adresse. Genre "farang" en Thaïlande ou "gringo" en Amérique latine, mais ici apparemment, ça n'a aucune connotation péjorative de se faire taxer de "toubab". Et hops, tout à coup, tous les gosses s'encourent... pour rattraper un autre gamin qui venait de voler un sac. On n'a pas tout compris, on se demandait même si on nous l'avait volé à nous. En tout cas, l'autre gamin avait presque tout le village à ses trousses.
Héhé là, je viens de faire une pause car trois gamins sont entrés dans le cybercafé. Ils sont juste à côté de moi et me regardent taper. Ils restent là. Ils n'arrêtent pas de se marrer.
Maintenant, on est à Tambacounda. Les filles avaient réservé leur hôtel, moi pas, et tout étant complet dans le leur, j'en ai trouvé un autre, convenable, un peu plus loin.
Y a comme un meeting au rond point qui fait office de centre de la ville, apparemment pro opposants au président Wade. Ils sont tous très excités, parcourant la ville avec des camionnettes placardées de posters, avec des haut-parleurs, en criant debout sur les véhicules, mais ça reste calme. L'enthousiasme habituel pour ce genre d'évènements, quoi!
Demain, je file tôt vers Kidira, à la frontière avec le Mali. La route est apparemment bonne, mais yep, on sait maintenant que c'est Incha Allah... Après Kidira, et jusqu'à Kayes, côté malien, tout le monde s'accorde à dire que la route est terrible. Je sais à quoi m'en tenir. A mon avis, j'y serai demain soir ou à la tombée de la nuit au plus tard. Je pars demain à 5h30. En taxi brousse...
En tout cas, l'Afrique, c'est vraiment enthousiasmant, ah oui. C'est pas trop tôt que d'être enfin passé par ici! Bizz bizz et rendez-vous au Mali.
Pour information consultez le site:
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