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Carnet de voyage
Arriba, 3ème partie et fin - Back to Peru
Pérou
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Envoyé: mercredi 7 décembre 2005 18:26:03
Objet: Back to Peru
Malgré les menaces de grèves et de barrages routiers incessants, j'ai finalement quitté La Paz sans aucun problème. Direction: Copacabana.
Copacabana est à une dizaine de kilomètres de la frontière péruvienne, au bord du lac Titicaca. Si problème, on peut toujours fuir par le lac. Ou même à pieds à travers la montagne. On ne sait jamais car les élections se rapprochent et ça devient de plus en plus chaud en Bolivie. A peine arrivé à Copacabana, ma tête est chaos, je me sens crevé. Confus. Yep! Le mal des montagnes. On n'est pourtant qu'à 4000 mètres d'altitude, mais soit quand même à 200 mètres de plus qu'à La Paz. Peut être est-ce lié à la fatigue. Toujours cette même sensation d'avoir la tête enveloppée dans une espèce de bonnet aquatique, des gestes et des réactions impulsives et bizarres, et une envie de dormir. Le problème est qu'alors, en essayant de faire une sieste, on se réveille comme en panique au moment de l'endormissement car on a l'impression d'étouffer. Zop, un petit Diamox et deux mate de coca. Ce n'est pas encore passé, mais il faut y croire!
Copacabana est, depuis l'époque inca, une ville de pèlerinage. Elle est située entre deux collines, autour d'une baie magnifique. Sa cathédrale, emblème de la ville, est connue dans toute l'Amérique latine. La ville est aussi connue pour ses fêtes, festivals et baptêmes de véhicules. 1,35 dollar US pour la cérémonie et le véhicule sera protégé à vie.
Bien moins cher que le contrat d'assurance!
Au matin, je descends vers les rives du Titicaca. Il fait gris, froid, il pleuvine. J'ai la tête complètement dans le gaz, les médocs contre le mal des montagnes n'ont plus l'air de faire de l'effet. Aujourd'hui, eh bien, pour la première fois du voyage, je vais me r-e-p-o-s-e-r-!
Je me plante dans un bui-bui sur la plage, pensant aller me recoucher juste après.
Il est 10h30... la radio locale, les news en espagnol. Je comprends plus ou moins tout désormais. Ils annoncent qu'aujourd'hui se tient à Copacabana la grande fête de la police et de la vierge de Copacabana, patrona de la policia nacional de Bolivia. Tiens donc...
Les festivités commencent à 11h30 à la cathédrale. Changement de programme, on va partir zyeuter tout ça.
En effet, les abords de la cathédrale sont noirs de monde et l'on trouve un peu partout, disséminés dans la foule, des flics en uniforme. D'autres sont en train de se faire prêcher une messe.
Les tambours et trompettes retentissent. Il est midi, la géante statue de la vierge sort de l'enceinte, portée par un cortège de policiers. Des moines président le cortège, les passants viennent embrasser les flics, leurs jettent des pétales de fleurs, même depuis le toit des maisons en criant. C'est l'hystérie! Je dis à l'un des militaires que je suis photographe et il me laisse passer devant son groupe pour que je prenne de bonnes photos. Je suis aux premières loges, à marcher à reculons, c'est génial. La vierge et son Jésus de plastique basculent de gauche à droite, heureusement qu'ils sont bien accrochés. Et le cortège dévale les rues jusqu'au lac. Tous les hauts gradés de la police nationale sont de la partie. Il y aurait même dans la foule des représentants de "pays amis".
La statue arrive au port et on l'embarque dans un bateau, sous haute surveillance militaire.
La tradition veut que si la Vierge sort de la cathédrale, il faut lui faire faire un tour sur les eaux du lac Titicaca, par crainte de superstition. La légende voudrait qu'autrement, la Vierge provoquerait une incontrôlable montée des eaux du lac, qui détruirait tout.
Vers 13 heures, la statue est remise à sa place. Heureusement, pas de tsunami divin à l'horizon.
Tous les policiers se dirigent dans la salle de sport de la ville, convertie pour l'occasion en un immense réfectoire. La meilleure...je suis cordialement invité par l'officier dénommé Sanchez à manger des saltenas avec eux. Super bons moments, ils sont vraiment marrants ces flics. Je leur dis que j'ai étudié le droit. Ils se montrent très intéressés par la justice de chez nous, par la corruption aussi. C'est chouette comme échange. On parle aussi de tout et de rien, même de la différence de tour de taille entre les Boliviennes et les Européennes. Très macho comme ambiance, évidemment.
A 16 heures, la troupe entière rentre à La Paz. Le centre de Copacabana est inondé de bus.
Relax. Je rencontre José, un musicien-parolier de Copacabana. Il tient un magasin de fringues et vend les cd's de son groupe. Super cool le bonhomme. Il me montre les cahiers originaux de ses écritures, m'explique les différentes étapes que lui et son groupe on dû suivre pour enfin enregistrer leur premier cd. Ses deux enfants et sa femme se joignent à nous. On termine la journée assis entre les tas de couvertures et ponchos, en écoutant toutes sortes de musiques boliviennes, mélomane José oblige. Je suis reparti avec une copie de son cd, qu'il fait lui-même à l'ordinateur. De l'auto piratage, donc pas de fraude aux droits d'auteur.
Dimanche, je pars en bateau sur la fameuse Isla del Sol , trônant en toute majesté en plein milieu du lac Titicaca, toujours dans les eaux boliviennes. C'est là que les tout premiers Incas seraient apparus, à la demande du Dieu Soleil. Aujourd'hui encore, pour les Indiens Aymara et Quechua, c'est sur l'Isla del Sol que s'est déroulée toute l'histoire de la Création.
Pas un véhicule sur l'île. Tout se fait à pied, sur des sentiers que l'on arrive parfois difficilement à discerner entre les brousses et rochers. Heureusement que j'ai un plan avec une vue aérienne de l'endroit. On peut encore assez facilement se repérer en observant les courbes des baies qui se profilent au loin. Le soleil tape fort à cette altitude: cuisson maximale et coups de soleil garantis en moins d'une heure.
Je débarque à Challapampa, tout au nord. L'île fait 10 kilomètres de haut en bas, on peut la parcourir à pieds entre ruines, hameaux, champs et falaises. J'étais encore une fois super bien tombé! Le 4 décembre, c'est la fête de Santa Barbara sur l'Isla del Sol. La Santa Barbara est hautement vénérée ici, un des points culminants de l'île porte même son nom.
Je parcours les ruines aux alentours de Challapampa. Une mamita se promène avec ses deux gosses. On cause et on continue finalement tous ensemble. Vers 15 heures, on rentre à Challapampa pour la fiesta. La plaza est divisée en deux: d'un côté les hommes, de l'autre les femmes.
Une morenada ouvre le bal avec son homme. Flûtes et tambours. J'entends les capsules sauter un peu partout...eh oui, c'est de la bière! Un homme soigneusement habillé en garçon de café ouvre des bouteilles d'un litre de cerveza à la pelle. Tout le monde se sert.
Un verre, puis deux, puis trois...Que la fête commence!
Les capsules sautent les unes après les autres, ponctuant les rythmes de musique de manière insolite. Avant de boire leur verre, ils en jettent une partie à terre en direction de l'église et du village, en guise d'offrande. Ce n'est qu'un petit quart de verre peut être, le reste est bien vite englouti avant de faire place au verre suivant.
Hommes et femmes s'enivrent. Les enfants lèchent des crèmes glacées à gogo. Un homme s'agenouille devant sa bouteille et se met à prier longuement. Il se relève, verse un peu de bière à terre et afonne le restant. Viva Santa Barbara!
Le tout, jusqu'à la tombée de la nuit. Pas une bagarre cependant. Tout Challapampa baigne dans les torpeurs d'alcool, de flûtes de pan, de chants et de tambours, le tout dans une atmosphère " spirituelle " et on ne peut plus gaie. La fiesta total!
Ici, pas d'hôtel évidemment. Juste des petits logements chez l'habitant. Je tombe dans la famille Arias, avec sa ribambelle de gamins plus joufflus et plus mignons les uns que les autres. La mamita est aux petits soins, vraiment adorable. On se croirait presque à la maison.
Le lendemain, je traverse l'île du nord au sud. Il faut tout d'abord grimper tout en haut de l'énorme butte qui domine Challapampa. La pente est raide, entre les rochers et les buissons d'herbes odorantes. Seul un ruisseau minuscule desservant le village en eau est là pour servir de repère. Pas une âme à la ronde. La brise marine souffle presque comme une caresse, fait frémir les feuilles des broussailles, rafraîchit le visage cramé par le soleil et fait s'élever de succulentes odeurs d'encens qui proviennent de je ne sais où. Quel paradis cette île!
En haut de la crête, la vue est à couper le souffle. Et juste après cette montée d'enfer, c'est presque un coup fatal. Le Titicaca qui s'étend à perte de vue de ses eaux pures et calmes, tel un immense manteau d'azur habillant ces montagnes évoquant des images primaires de naissance du monde. De part et d'autre de la crête s'étalent des champs cultivés en terrasses, tels de géants escaliers descendant jusqu'à la rive. De temps en temps, une maison abandonnée surgit le long du sentier. Abandonnée, ou peut être n'a t-elle pas été entièrement construite? Je n'en sais rien.
Et cette solitude, ce silence et cette paix avec le Dieu Soleil pour seul conseiller. Je trace encore. J'espère juste que je ne me suis pas trompé de chemin car me taper encore une fois ces montées de la mort, non merci.
Un troupeau de mouton est perdu en plein milieu des terrasses de papas. Son maître surgit de derrière le rocher. Il ne pète pas un mot d'espagnol, il parle aymara. On se fume une clope au sommet d'un rocher (remède miracle pour reprendre son souffle) et c'est reparti. J'en ai encore apparemment pour deux heures de marche avant de rejoindre Yumani, tout au sud. Deux moutons morts, déchiquetés et dévorés par des nuages de mouches gisent au bord du sentier. Ils ont dû se faire bouffer par un chien. Euh...où se cache-t-il ce molosse barbare? Mieux vaut ne pas y penser.
Vers 14 heures, je tombe près de Yumani, dans une petite hutte avec une grande soupe de patates pour me remplir un peu. Le seul bateau pour Copacabana part vers 15h30. Je passe le trajet sur le toit, je suis complètement cramé à l'arrivée à Copacabana. Vive la biafine!
Là, je suis à Juliaca. J'ai franchi la frontière sans problème, ni pour mes cd pirates, ni pour mes vieilles statues en bois soi-disant "antiguas", ni pour tout mon matos photo.
J'ai entendu que certains douaniers s'amusaient parfois à exiger les factures de tout le matériel électronique que l'on a avec soi. Sans preuve d'achat dans son pays d'origine, on est soumis à taxe pour le passage de la frontière car on est supposé l'avoir acheté en Bolivie, même si on ne trouve pas ce genre de matos ici. Sinon, on laisse le tout sur place, dans le sac du douanier. Voilà l'arnaque. Bref, je suis passe entre les mailles du filet, heureusement.
On était censé faire une halte de 4 heures à Puno, avant de continuer sur Cuzco. On devait alors arriver à 4 heures du matin à Cuzco et l'on pouvait rester dormir dans le bus jusqu'au lever du soleil. Puis là, changement de programme. Le type m'annonce qu'on ne fait pas d'arrêt à Puno, de sorte qu'on serait arrivé à minuit à Cuzco, sans pouvoir rester dormir à la gare routière. Meufff! Cuzco est la ville la plus dangereuse du pays. Véritable Mecque du tourisme, à cause du Macchu Picchu situe à proximité, les étrangers s'y font dévaliser tous les jours, avec ou sans violence, y a le choix!
Bref, pas question de débarquer seul là-bas à minuit! En plus, la gare routière est à deux kilomètres du centre ville et les taxis sont de mèche avec les voleurs. Une véritable mafia apparemment. On passe Puno et merde, qu'est ce que je vais faire, ça ne me tente vraiment pas de débarquer à Cuzco by night. On passe par Juliaca, une ville à une heure de Puno, et je saute du bus.
On avait fait la même chose au Maroc en 2003, entre Tinerhir et Ouarzazate. Absorbés par la beauté des sommets enneigés de l'Atlas et de cette ville rouge, on avait quitté le bus sans trop réfléchir, à Boumalne de Dadès. Et c'était finalement une des meilleures étapes du voyage...comme quoi!
Pour le moment, je suis à Juliaca. Une odeur de feu de bois plane dans la ville nuit et jour, la ville est encore assez clean en son centre. Le reste est assez délabré. Je sais pas pourquoi mais ça me rappelle trop la ville de Amritsar, chez les Sikhs, au Penjab.
Demain, à 9 heures, j'ai mon bus pour Cuzco. J'y serai normalement dans l'après-midi. Et sur mes gardes.
Pour information consultez le site:
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