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Carnet de voyage
Le nord de la Thaïlande... - Chiang Maï, Chiang Raï, Paï
Thaïlande
19 Février 2006
Après les étendues de sable blanc, striées par les aiguilles du soleil, nous arrivions dans la fraîcheur des régions du nord. Chiang Maï, située à plus de 700 km au nord-ouest de Bangkok, nous offrit un nouveau cadre: en toile de fond, la montagne du Doi Suthep, surplombant la ville de ses 1'676 mètres, se dressait dans l'horizon. L'air alpin se mariait à une odeur douce et florale: nous arrivions à un moment bien particulier, appelé le "festival des fleurs". Dans les rues, des grappes de femmes et d'hommes se suivaient, jetant des pétales de roses et de tulipes ou se balançant nonchalamment dans des chars remplis de bourgeons gros comme des raisins. Une fanfare venait ajouter à l'harmonie des senteurs la symphonie des sons et derrière, la foule caracolait le long des rives de la Mae Nam Ping. Chiang Maï, cette cité fortifiée, dont le coeur contient encore les vestiges de son passé à travers les pierres de ses remparts, nous permit un moment d'évasion. Car si les paysages sont des surfaces sur lesquelles l'esprit peut divaguer avec liberté, les pierres sont également des tremplins pour l'imagination, surtout lorsque celle-ci rencontre l'histoire. C'est ainsi que Chiang Maï, dont le nom signifie littéralement "la ville aux nouveaux remparts" nous raconta son épopée...
En 1296, un roi thaï, après avoir pris la ville aux mains des Khmers, fit édifier les tous premiers remparts. Dès le 15ème siècle, des caravanes de Chinois musulmans, descendues de la province du Yunnan, dans le sud de la Chine, transformèrent Chiang Maï en une porte d'entrée et de sortie des denrées qu'ils acheminaient entre leur pays et la Birmanie. Ces caravaniers, parce qu'ils se servaient des mules et des poneys, à la différence des boeufs et des éléphants largement utilisés en Asie du Sud - Est, furent désignés par les Thaïlandais du nom de " Chinois galopants". Au fil de son expansion et des années qu'elle traversa, la ville se vit envahie par les Birmans au 16 ème siècle, puis retomba sous la gouverne des Thaïlandais deux siècles plus tard. Kavila, vice-roi de la Thaïlande du Nord, décida alors de renforcer la protection de Chiang Maï en faisant construire une immense enceinte intérieure. Après les Chinois galopants, ce fut aux riches négociants en teck venus de Birmanie d'ajouter leurs couleurs à l'histoire de cette cité : de nombreux temples au style birman s'y construisirent au 19 ème siècle.
Véritable palimpseste, cachant dans les couches de ses murailles les secrets de son passé, Chiang Maï nous plongea tout autant dans son histoire que dans l'instantané de la fête, au milieu des cris de joies et des couronnes de fleurs. Durant trois jours, des marchés nocturnes se montèrent, ouvrant leurs ombrelles colorées sous lesquelles venaient se poser les passants. Des pavés s'élevaient des musiques traditionnelles : des enfants, assis en tailleur, jouaient du "phin", sorte de petit banjo et du "ranâat ek, cet instrument à percussion en bambou qui ressemble au xylophone.
La musique thaïlandaise semble d'ailleurs surgir de partout pour venir frapper votre oreille : on la retrouve au détour d'une rue, au fond d'une allée, et même dans les stades de Boxe thaï ! Nous voulions absolument assister à un combat de Muay-thaï, devenu au 18 ème siècle le sport national de la Thaïlande. Et hissés jusqu'au premier rang, face aux cordes du ring, nous nous immergeâmes dans l'univers bien particulier de cet art martial...
Au départ, l'attente, à laquelle se mêle l'impatience du public, puis enfin l'entrée- en- scène des combattants. Les premiers guerriers sont des enfants qui, du haut de leurs 14 ans, promènent un petit corps fin, musclé et brillant d'huile. Des ornements sacrés les habillent : sur leur tête, un bandeau coloré et autour de leurs bras, un brassard à l'intérieur duquel se trouve une petite icône de Bouddha. Puis très vite tout s'enchaîne, le cérémonial de la danse, ouvrant le combat, le salut des deux guerriers, puis la musique qui s'élève et qui marque le début des hostilités. Tout au long du face-à-face, le son des hautbois et des percussions viendront rythmer cette danse guerrière où les petits corps s'entrechoquent, se frappent, se mêlent, puis se défont lorsque retentit le gong.
La maîtrise, la technique, la stratégie ainsi que tout le rituel qui l'accompagne font de ce sport un véritable art. Sans oublier bien sûr le profond respect liant les deux combattants...
Paï ou le temps retrouvé.
Il est de ces petites villes un peu irréelles où le temps, loin de passer en coup de vent par la fenêtre, comme dans nos demeures occidentales, semble tout simplement s'être arrêté. Plus de temps perdu donc, puisque plus de fuite possible, mais plutôt un temps immobile, figé et que les grandes montagnes septentrionales de la Thaïlande semblent conserver.
Ainsi en -est-il de Paï. Située dans la province de Mae Hong Son, sorte de carrefour où se mêlent des minorités ethniques, cette ville de 3000 habitants respire le calme de ses montagnes environnantes. Dans les herbages à flanc de collines, des buffles promènent leur corps efflanqué, s'arrêtant ça et là au gré de leur gourmandise. Le jour, c'est une pluie de soleil qui vient vous caresser. Le soir, des prairies d'étoiles qui vous regardent. A quelques kilomètres de Paï, des villages de tribus montagnardes, accrochées au ciel, à plus de 1 000 mètres d'altitude. Là vivent les Shan, ici les Lahu. Ces peuples originaires du Tibet ont conservé un mode de vie ancestral : de leurs croyances animistes à leurs tenues traditionnelles, tout semble avoir glissé, sans un sourcillement, sur le fil interrompu des siècles. Dans la cour des maisons montées sur pilotis sèchent des morceaux de porc, étendus au soleil. Les vieillards font la sieste, tandis que les enfants jouent. Certains d'entre eux iront à l'école de Paï. D'autres resteront travailler avec leurs parents. Dans ce monde rural, l'éducation n'est pas toujours une priorité absolue pour les familles.
Un changement, pourtant, venu de l'extérieur : les touristes. Aujourd'hui, ces tribus vivent non plus seulement de leurs récoltes mais également de la vente de leur artisanat. La société de consommation, à travers les touristes, a réussi à s'infiltrer dans la vie de ces ethnies. Pour le meilleur et pour le pire. Car si le contact avec la modernité s'avère une source de revenus, peut-être contribuera-t-il aussi à venir éroder, voire même absorber le mode de vie de ces peuples, au risque de le faire lentement disparaître. Dans notre société où trône la civilisation du Même, l'ogre de l'uniformité tend à gommer la diversité du monde. Et si vraiment, comme l'affirme Segalen, "le divers décroît", où pourra encore venir s'étancher la soif de ceux en quête de différence et d'altérité?
Pour information consultez le site:
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