Ce voyage exploratoire vers une destination méconnue me tentait depuis longtemps; en 2004, ce projet de
Terra Incognita avait été abandonné faute de participants. En cette année 2005, grâce à la participation de nos voisins suisses et belges, le quota de participants est atteint et nous pouvons partir...
Une fois ce départ acquis, les événements se précipitent:
le 30 Septembre, un séisme de 6.8 sur l'échelle de Richter secoue la région de Rabaul, première étape de notre voyage. Il suit de trois semaines un autre séisme qui avait créé un petit tsunami dans la région. Le Tavurvur, volcan situé à Rabaul, est signalé en éruption dès le 3 octobre.
Le 16 Octobre, le volcan Garbuna, à proximité duquel nous avions prévu de passer, se réveille après un sommeil de 1700 ans, en émettant un panache de cendres de 4km de haut.
Les 10000 habitants de Manam, dernière étape de notre programme, sont évacués depuis le début d'année suite à l'éruption de fin 2004 qui a fait une quinzaine de victimes; une nouvelle éruption s'est déroulée le 27 Janvier et a tué une personne.
Effectivement, ce voyage tiendra ses promesses. Mais sa richesse et les souvenirs qu'il me laissera résident tant dans les volcans actifs, spectacle impressionnant de la force de la nature, que dans l'aspect humain, les échanges étant favorisés par la gentillesse des habitants pourtant durement touchés et par l'usage généralisé de la langue anglaise, nous permettant des échanges directs.
Mardi 25 Octobre 2005
Départ de Paris le 23 Octobre à 12h25; arrivée à Rabaul le 25 Octobre à 10h40, heure locale. La longue escale de Singapour nous a permis la visite de la ville et de son aéroport, remarquablement organisé... ça change de Roissy!
Un panache de cendres émergeant des nuages gris nous accueille à l'aéroport de Kopoco. Nous nous dirigeons aussitôt vers sa source, le volcan Tavurvur situé près de Rabaul. A l'approche de la ville, le paysage est uniformément gris; une couche de cendres recouvre tout, atteignant parfois plusieurs mètres lorsque la route croise une vallée où s'écoulent par temps de pluie des torrents de boue. Nous déposons nos bagages dans un hôtel qui fut visiblement un haut lieu touristique fréquenté par des adeptes de plongée sous-marine, alors situé au milieu d'un quartier résidentiel. Aujourd'hui, nous sommes pratiquement les seuls clients de cet établissement isolé dans ce paysage de cendres ayant résisté à l'éruption de 1994, ses propriétaires étant revenus aussitôt après l'évacuation pour balayer les cendres qui s'accumulaient sur la toiture avant que le bâtiment ne s'écroule sous leur poids, comme toutes les maisons voisines.
Nous partons aussitôt pour le pied du volcan, en suivant une piste de cendres et de scories d'où émerge parfois l'ancienne chaussée de macadam. Le pick-up nous dépose sur le rivage, à proximité de sources chaudes bouillonnant dans la mer. Toutes les 10 minutes environ, une éruption du Tavurvur se traduit par un panache de 500 mètres environ, avec son bruit de réacteur d'avion et ses retombées de cendres et de scories.
Plus nous approchons du cône, plus nous découvrons des bombes volcaniques, ainsi que les palmiers décapités lors de leur chute. La tombée de la nuit permet d'admirer sous forme de feu d'artifice rouge la trajectoire de ces nombreux projectiles.
Mercredi 26 Octobre 2005
Après une bonne nuit, nous reprenons le chemin du Tavurvur. Nous en effectuons le tour, en suivant d'abord une ancienne route qui conduisait au village de Talwat, puis nous rejoignons le rivage par la coulée de 1994.
Nous rencontrons un groupe d'hommes recherchant dans un terrain véritablement miné des oeufs de mégapodes. Après un bain dans l'océan, nous les accompagnons en pirogue jusqu'à leur village de Matupit.
L'accueil des villageois et de leurs enfants est cordial; en faisant circuler une photo, Hervé retrouve un villageois qu'il avait rencontré il y a 12 ans. Le contact de ces gens chaleureux est facilité par l'usage assez général de l'anglais. Nous décidons de bivouaquer pendant la nuit sur cet observatoire du Tavurvur, privilégié car à l'écart des retombées de cendres.
Jeudi 27 Octobre 2005
Levés avec le soleil, nous rejoignons l'hôtel pour récupérer nos affaires et nous diriger vers l'aéroport de Kopoko, pour un vol sans histoire vers Hoskins.
De là, nous partons vers un hôtel situé à Kimbe. Franck part au village de Garu se renseigner sur la possibilité de rejoindre le sommet du Garbuna; il renonce à cette possibilité compte-tenu de l'angoisse des habitants dont toutes les sources en eau sont polluées par l'activité du volcan, et qui redoutent une explosion qui entraînerait leur évacuation.